Dans la chaleur vibrante de Gemena, une symphonie de couleurs et de rythmes s’élève, portée par le souffle vivifiant de l’Ubangi. Depuis ce vendredi, la capitale du Sud-Ubangi bat au cœur de la deuxième édition du festival Bana Ubangi, une célébration audacieuse qui tisse, pendant trois jours, les fils d’une identité collective. Sous l’impulsion du Groupe Linzabe pour la mobilisation culturelle, l’espace public se transforme en une agora artistique où résonnent les échos d’un patrimoine immatériel trop longtemps murmuré. Mais au-delà de la fête, quelle alchimie transforme cette effervescence en un levier pour la paix et le développement régional ?
Les rues de Gemena, habituellement traversées par le quotidien, se parent désormais des atours d’une scène à ciel ouvert. Le festival Bana Ubangi, bien plus qu’un simple rassemblement, se pose en acte fondateur, une tentative de cimenter par la culture l’âme des peuples de l’Ubangi. Des mélodies ancestrales aux pas de danse folklorique qui semblent épouser la terre, chaque performance est un chapitre déclamé d’une histoire commune. L’artisanat local, avec ses formes et ses textures, dialogue avec la modernité, offrant une vitrine indispensable aux talents artistiques RDC souvent invisibilisés. Serge Linzabe, président de l’organisation, insiste sur cette quête d’appartenance : il s’agit de réveiller une conscience culturelle dynamique, de transformer le patrimoine en projet d’avenir.
Pourtant, derrière la scène lumineuse, l’ombre des défis se profile, tenace. Organiser un tel événement dans le Sud-Ubangi relève d’un pari audacieux. Le comité organisateur évoque, sans détour, le manque criant de sponsoring et les moyens financiers limités, autant d’obstacles qui grèvent les ambitions. Les infrastructures d’accueil, essentielles pour recevoir dignement artistes et public, font souvent défaut, rappelant les réalités matérielles d’une région au potentiel encore sous-exploité. « La détermination est notre seule monnaie d’échange face à ces montagnes », pourrait-on résumer. Cette résilience donne au festival Bana Ubangi une saveur particulière, celle d’une conquête culturelle arrachée à l’adversité.
Le programme, riche et éclectique, est un voyage sensoriel au cœur du patrimoine Ubangi. La musique, qu’elle soit portée par des instruments traditionnels ou des voix envoûtantes, raconte les paysages et les mémoires. Les danses, énergie pure, matérialisent les mythes et les légendes qui ont façonné les berges du grand fleuve. Chaque geste, chaque note, participe à cette grande fresque vivante. Cette immersion artistique n’est pas une fuite, mais bien un ancrage. Elle questionne : comment valoriser ces richesses sans les folkloriser ? Comment en faire des piliers pour un développement durable ?
Car l’ambition du festival dépasse largement le cadre des festivités. Il se veut un outil stratégique pour le rayonnement de toute une région. En mettant en lumière les créativités du Sud-Ubangi événement culturel majeur, les organisespèrent attirer les regards sur le bassin du Congo, souvent réduit à ses seules réalités politiques ou économiques. Le tourisme culturel, l’économie créative, la valorisation des savoir-faire locaux : autant de pistes que ce rassemblement contribue à ouvrir. La Gemena culture devient ainsi un laboratoire, un espace où s’inventent de nouveaux récits pour le Nord-Ouest de la RDC.
Alors que les derniers accents du festival résonneront ce dimanche, une question persiste : cette flamme pourra-t-elle s’entretenir ? La pérennisation de Bana Ubangi est l’enjeu crucial. Elle dépendra de la capacité à transformer l’engouement populaire en soutien structurel, à convaincre les décideurs de la valeur économique de la culture. L’enthousiasme des habitants de Gemena, invités à se saisir de ces trois jours, est un premier capital précieux. Dans chaque rire partagé, dans chaque regard émerveillé devant une sculpture ou une mélodie, se niche l’espoir d’une renaissance. Le festival, tel un baobab planté en terre fertile, pourrait bien voir ses racines s’enfoncer profondément, pour porter longtemps encore les fruits d’une identité réconciliée avec elle-même et ouverte sur le monde.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
