La situation sécuritaire dans le territoire de Lubero, dans la province du Nord-Kivu, atteint un point critique. Une coalition d’étudiants ressortissants de cette zone, vivant à Butembo, a décidé de passer à l’action. Face à la dégradation continue de la sécurité Lubero, ces jeunes ont lancé un cri d’alarme et annoncé le début de vastes consultations citoyennes. L’objectif est clair : créer un front uni entre la population, les autorités locales et les forces de sécurité pour endiguer la vague de violence.
Depuis décembre 2025, une recrudescence d’attaques attribuées aux rebelles ADF a plongé la région dans la terreur. Les communautés rurales sont les premières touchées, contraintes à un exode massif vers des zones jugées plus sûres. Cette crise humanitaire silencieuse paralyse l’économie locale, bloque l’accès aux champs et aux marchés, et entrave sévèrement la distribution de l’aide humanitaire. Le système judiciaire est à l’arrêt, laissant les crimes impunis et nourrissant un cycle de violence. Comment en est-on arrivé à une telle situation d’insécurité Nord-Kivu ?
Le coordonnateur de la coalition, Clovis Kasereka, ne mâche pas ses mots. Pour lui, le temps des discours est révolu. « Nous avons projeté des consultations citoyennes à Lubero-centre, Masereka, Manguredjipa, Muhangi, Musimba, Musyenene et Luhotu », a-t-il déclaré. Ces rencontres sur le terrain visent à écouter les préoccupations des habitants et à définir des stratégies concrètes de résistance et de collaboration. Cette initiative des étudiants Butembo témoigne d’une prise de responsabilité rare dans un contexte où le désespoir gagne du terrain.
Au-delà du dialogue communautaire, la coalition adresse un message direct aux représentants élus. Un appel pressant à la reddition de comptes a été lancé aux députés provinciaux et nationaux du territoire. « Nous les appelons à venir nous rendre compte de leurs actions, alors qu’ils sont actuellement en vacances parlementaires », a insisté Kasereka. Cet interpellation politique souligne le sentiment d’abandon ressenti par une population qui estime ne pas être prioritaire dans l’agenda de ses élus. Où sont les leaders lorsque leurs bases sont attaquées ?
La pierre angulaire de la stratégie proposée repose sur le renforcement du mariage « civilo-militaire ». Les étudiants insistent sur l’impérieuse nécessité d’une synergie parfaite entre les civils et les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Ils exhortent la population à briser la loi du silence et à fournir activement des renseignements aux services de sécurité. Ces informations sont cruciales pour orienter les opérations de ratissage et cibler avec précision les sanctuaires des assaillants.
Parallèlement, un appel est lancé aux partenaires internationaux engagés aux côtés des FARDC. La coalition demande une intensification des efforts pour une réponse militaire plus efficace et durable. La menace des rebelles ADF ne peut être sous-estimée ; leurs exactions contre les civils – meurtres, enlèvements, pillages – se multiplient de façon alarmante depuis deux mois. Sans une pression militaire concertée et un soutien logistique accru, les initiatives locales risquent de rester vaines.
Le lancement de ces consultations citoyennes représente une lueur d’espoir dans un paysage sécuritaire obscurci. Il s’agit d’une démarche bottom-up, provenant de la jeunesse intellectuelle consciente de ses responsabilités envers sa terre d’origine. Cette mobilisation pourrait-elle être le catalyseur d’un sursaut collectif ? L’avenir immédiat de Lubero en dépend. La réussite de cette initiative passera par sa capacité à transformer la parole en actes, à faire de la collaboration un réflexe et à tenir les promesseurs politiques redevables. La balle est désormais dans le camp des autorités et de la communauté internationale pour soutenir et amplifier ce mouvement né de la base.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
