24.2 C
Kinshasa
lundi, janvier 26, 2026

Toute l'Actualité RDC, en Direct et en Détail

AccueilActualitéEducationGuerre M23 en RDC : Plus de 555 000 enfants privés d'école...

Guerre M23 en RDC : Plus de 555 000 enfants privés d’école dans le Sud-Kivu

Alors que les cloches des écoles devraient rythmer le quotidien des enfants, c’est le bruit des armes qui résonne dans de vastes pans du Sud-Kivu. Le dernier rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), publié fin janvier 2026, dresse un tableau alarmant de la dévastation infligée au secteur éducatif congolais par la guerre menée par la rébellion AFC/M23. Comment construire un avenir lorsque les salles de classe sont réduites en cendres et que les cahiers sont remplacés par la peur ?

Les chiffres, glaçants, parlent d’eux-mêmes : en décembre 2025, près de 1 900 établissements scolaires, soit près d’un quart des écoles de la province du Sud-Kivu, sont restés portes closes. Cette paralysie a purement et simplement privé 555 552 enfants de leur droit fondamental à l’éducation. Derrière cette statistique se cache une réalité encore plus sombre. Le Cluster Éducation rapporte qu’au moins 123 écoles ont été directement prises pour cible : attaquées, incendiées, détruites ou transformées en bases par des groupes armés. Le bilan humain est lourd, avec quatre élèves tués, six blessés et trois autres enlevés. Chaque chiffre est un destin brisé, un projet d’avenir anéanti.

Cette crise n’est malheureusement pas un phénomène isolé. Elle s’inscrit dans une escalade plus large du conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo, où les offensives du M23, soutenues par le Rwanda, font des ravages depuis des mois. La ministre de l’Éducation nationale, Raïssa Malu, avait déjà tiré la sonnette d’alarme en mars 2025, évoquant plus de 2 500 écoles affectées et plus de 1,4 million d’enfants privés de cours rien que dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Les écoles détruites dans le Sud-Kivu ne sont que les dernières victimes en date d’une stratégie qui semble méthodiquement s’attaquer aux fondations de la société.

« Cette situation de guerre met à mal le travail réalisé ces dernières années pour améliorer les conditions d’enseignement et d’apprentissage. C’est un double crime », déplorait la ministre Malu. Son analyse est implacable : priver un enfant d’école, c’est non seulement le blesser aujourd’hui, mais c’est aussi hypothéquer la construction de la société de demain. L’impact va bien au-delà de la simple interruption des cours. Comme le souligne le rapport de l’OCHA, l’absence prolongée d’un cadre scolaire sûr expose les enfants à des risques accrus de protection, les rendant plus vulnérables à tous les dangers, y compris le recrutement par des groupes armés. La guerre M23 contre l’éducation en RDC crée ainsi une génération perdue, dont le seul apprentissage est celui de la violence et de l’insécurité.

Face à cette crise humanitaire et éducative majeure, quelle réponse apporter ? Les acteurs humanitaires tentent, dans des conditions périlleuses, de maintenir une présence. Ils négocient l’accès aux zones les plus touchées pour fournir une aide d’urgence. Mais peut-on vraiment parler d’éducation lorsque l’on distribue des kits scolaires dans des camps de déplacés, entre deux distributions de nourriture ? La priorité immédiate est évidemment de sauver des vies et de protéger les populations. Cependant, la communauté internationale et les autorités congolaises peuvent-elles se permettre de reléguer l’éducation au second plan ? Ne risque-t-on pas, à trop se concentrer sur l’urgence, d’entériner un effondrement durable du système éducatif dans ces régions ?

La situation actuelle pose une question fondamentale sur la valeur que l’on accorde à l’enfance et à son avenir en temps de conflit. Les salles de classe incendiées du Sud-Kivu sont le symbole tragique d’une guerre qui ne se contente pas de prendre des territoires, mais qui s’attaque délibérément à l’espoir et à la possibilité même d’un lendemain meilleur. Alors que des centaines de milliers de personnes fuient les combats, l’accès à l’école devient un luxe inatteignable, aggravant une crise déjà profonde. Reconstruire les murs sera une chose. Reconstruire la confiance, le sentiment de sécurité et le goût d’apprendre chez ces enfants traumatisés en sera une autre, bien plus ardue. L’enjeu, pour la République Démocratique du Congo, n’est rien de moins que sa capacité à offrir un horizon à sa jeunesse, malgré la tempête.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd

Commenter
Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 25 Janvier 2026

Crise sécuritaire à l’Est, réforme judiciaire, blocage du mobile money au Nord-Kivu, percée éducative, détournements au FRIVAO, tensions folkloriques au Kasaï ou encore diplomatie en panne : ce 25 janvier 2026, l’actualité congolaise mêle avancées et fortes préoccupations sur les fronts politiques, sociaux et sécuritaires.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques