Uvira, Sud-Kivu – Un chapitre se tourne pour l’armée congolaise. Le général de brigade Muaku Mbuluku Daniel, commandant de la 33e région militaire des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), a été inhumé ce vendredi 23 janvier 2026 au cimetière militaire « Le Repos du Soldat ». Sa dépouille a été conduite à sa dernière demeure après des obsèques solennelles, marquant la fin d’un parcours militaire entièrement dédié à la nation. Le décès de ce haut gradé, survenu le 12 septembre 2025 des suites d’un malaise soudain en service, a plongé la région dans une profonde émotion.
La cérémonie funèbre s’est déroulée en matinée dans l’espace Ave Maria, commune de Kasa-Vubu. Une assistance nombreuse et prestigieuse a rendu un dernier hommage au défunt. Le vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale, Guy Kabombo Muadiamvita, y a représenté personnellement le Président de la République et Commandant suprême des FARDC, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. À ses côtés, le deuxième vice-président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso N’kodia, ainsi qu’un aréopage d’officiers généraux et supérieurs des FARDC, des autorités civiles et la famille endeuillée.
Au nom de l’État congolais, le numéro un de la Défense a déposé une gerbe de fleurs. Ce geste symbolique a scellé la reconnaissance officielle pour les « loyaux services » rendus par le général Muaku Mbuluku. « Il a incarné les valeurs fondamentales de l’armée : l’honneur, la discipline, la fidélité et le sens du devoir », a-t-on rappelé. La voix de l’institution s’est ainsi jointe à celle des proches pour célébrer une vie de sacrifice.
Le portrait dressé par la famille est celui d’un soldat jusqu’au-boutiste. Issu de la 23e promotion de l’École de formation des officiers de Kananga, le général Muaku avait enfilé l’uniforme dès 1974. Son parcours épouse les soubresauts de l’histoire récente du Congo. « Presque toute sa vie d’adulte a été consacrée au service de la patrie, souvent loin de sa famille, avec pour seule motivation la défense du peuple et l’honneur du drapeau national », a souligné son représentant. Nommé à la tête de la 33e région militaire début août 2025, il n’aura exercé ce commandement crucial que pendant quelques semaines.
Sa prise de poste à Uvira intervenait dans un contexte sécuritaire et social extrêmement volatile. La province du Sud-Kivu est le théâtre de tensions récurrentes. Peu avant son décès, le général Muaku Mbuluku s’était rendu au chevet de blessés, victimes de manifestations meurtrières attribuées aux groupes Wazalendo. Son action immédiate visait déjà à apaiser les esprits. Mais la colère populaire, elle, était dirigée ailleurs.
En effet, son décès survient dans le sillage immédiat de vives protestations ayant secoué Uvira. Une frange de la population s’opposait avec véhémence à la présence du général Olivier Gasita Mukunda, nommé adjoint du commandant de la 33e région militaire, chargé des opérations et des renseignements. Les manifestants réclamaient son départ, créant un climat de défiance envers la hiérarchie militaire locale. Une délégation gouvernementale était d’ailleurs arrivée sur place le 11 septembre 2025, la veille du tragique événement, pour tenter de calmer la situation.
Dans ce cadre, la disparition soudaine du général Muaku Mbuluku laisse un vide stratégique palpable. Qui pourra assurer la continuité du commandement dans une zone aussi sensible ? L’officier avait pour adjoints, outre le général Gasita, Jean-Ladis Mabosso, chargé de l’administration. La transition à la tête de cette région militaire, clef de voûte de la sécurité dans l’est du pays, s’annonce délicate. La stabilisation du Sud-Kivu passe par une armée perçue comme légitime et proche des populations. Le défunt général semblait incarner cette voie.
Les obsèques militaires à Uvira ont donc revêtu une dimension qui dépasse le simple hommage protocolaire. Elles ont été un moment de recueillement pour une armée en deuil, mais aussi un rappel des défis immenses qui pèsent sur les FARDC dans l’Est. Le général Muaku Mbuluku disparaît en pleine tourmente, alors que les demandes de réforme et d’apaisement se font plus pressantes. Son héritage, celui d’un soldat dévoué, sera-t-il un ferment d’unité ou un rappel des divisions persistantes ?
La cérémonie s’est achevée par l’inhumation dans la discrétion du cimetière militaire. Les honneurs militaires ont été rendus, le clairon a sonné. Uvira retient son souffle. Le départ du commandant de la 33e région militaire laisse des questions en suspens sur l’avenir sécuritaire de la province. Les autorités devront maintenant désigner un successeur capable de naviguer dans ce paysage miné, tout en honorant la mémoire d’un homme qui a, jusqu’à son dernier souffle, servi sous les drapeaux.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
