Dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, une augmentation dramatique du nombre de blessés par armes submerge les capacités du système de santé local. La recrudescence des violences armées depuis fin décembre dernier a provoqué une situation que les humanitaires qualifient de critique, avec un hôpital de référence fonctionnant bien au-delà de ses limites. Comment les professionnels de santé font-ils face à cette urgence permanente, et quelles sont les conséquences pour les populations civiles prises au piège de ces conflits ?
Le constat est sans appel : l’Hôpital général de référence (HGR) de Fizi, soutenu par le CICR en RDC, est en état de saturation avancée. Alors que sa capacité initiale est de seulement 25 lits, l’établissement en hébergeait 115 au 18 janvier 2026, soit une multiplication par quatre du nombre de patients en quelques semaines. Cette pression extrême sur les infrastructures est le symptôme direct de l’intensification des combats dans la région, une réalité qui transforme les centres de soins en derniers remparts pour des centaines de vies.
Mais derrière ces chiffres se cache une tragédie humaine plus profonde. La majorité des patients arrivent dans un état de santé déjà fortement dégradé. « La plupart des nouveaux cas sont arrivés avec des blessures infectées à cause d’une prise en charge retardée », explique le docteur Richard Lwandja, médecin sur place. Cet avertissement met en lumière l’effondrement en cascade du système de santé. Les centres de santé primaires, situés à proximité des zones de tension, sont souvent paralysés par l’insécurité, le pillage des stocks ou la fuite du personnel, empêchant toute stabilisation précoce des blessés. Imaginez une plaie grave qui, faute de soins basiques dans les premières heures, se transforme en foyer d’infection généralisée, compliquant considérablement le travail des chirurgiens et menaçant directement la vie du patient.
Face à cette crise humanitaire au Sud-Kivu, le Comité international de la Croix-Rouge a dû déployer des mesures exceptionnelles. Depuis le 10 janvier, une équipe chirurgicale d’urgence appuie le personnel local, épuisé par des semaines de travail sous tension. Des tentes supplémentaires ont été érigées dans l’enceinte de l’hôpital pour tenter d’absorber l’afflux continu de victimes des violences à Fizi. Ces actions, bien que vitales, ne sont que des solutions palliatives à un problème structurel. Elles illustrent l’incapacité actuelle du système à assurer un continuum de soins, de la zone de conflit jusqu’à l’hôpital de référence.
Quels sont les risques concrets pour la population ? Au-delà du danger immédiat des combats, le risque sanitaire explose. Des blessures qui pourraient être soignées simplement deviennent complexes et potentiellement mortelles. La saturation des lits signifie que des patients nécessitant une surveillance post-opératoire peuvent être libérés trop tôt, risquant des rechutes. La concentration des ressources sur les cas traumatiques aigus détourne également l’attention et les moyens des autres services de l’hôpital, affectant la prise en charge des maladies chroniques, des femmes enceintes ou des enfants.
La situation à l’hôpital de Fizi saturé est un signal d’alarme criant. Elle révèle non seulement l’impact direct des violences sur les civils, mais aussi l’érosion d’un système de santé déjà fragile. L’accès aux soins, un droit fondamental, est devenu un parcours du combattant dans cette partie du Sud-Kivu. La réponse humanitaire, essentielle, ne peut être qu’un pansement temporaire. La stabilisation durable de la région et la protection des infrastructures sanitaires civiles apparaissent comme les seuls remèdes à long terme pour prévenir de nouvelles tragédies médicales et mettre fin à ce cycle infernal où la violence engendre la maladie.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
