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Rwanda conditionne la paix aux Accords de Washington au désarmement des FDLR dans l’Est de la RDC

Dans un contexte de tensions récurrentes dans l’Est de la République Démocratique du Congo, le Rwanda a officiellement réaffirmé, ce jeudi 22 janvier, son attachement aux Accords de Washington conclus avec Kinshasa. Par la voix de son ambassadeur aux États-Unis, Mathilde Mukantabana, Kigali a présenté sa position devant un sous-comité du Congrès américain, mêlant engagement diplomatique et sérieuses mises en garde concernant la sécurité dans l’Est du Congo.

La diplomate a exprimé la « profonde gratitude » de son pays envers l’administration Trump pour avoir priorisé ce processus de paix, qualifiant les accords de « progrès sérieux » vers la stabilité dans la région des Grands Lacs. Cependant, le tableau dressé n’est pas sans ombres. Mme Mukantabana a pointé du doigt la persistance de violences qu’elle attribue à des « acteurs incontrôlables », évoquant pêle-mêle des mercenaires, des milices soutenues par des gouvernements tiers et même des éléments de l’État congolais. Selon elle, ces forces chercheraient à compromettre les avancées des accords et à imputer au Rwanda des épisodes de violence survenus fin 2025.

Le cœur du discours rwandais repose sur une interprétation défensive de ses actions et une exigence de réciprocité en matière de sécurité. L’ambassadeur a ainsi présenté le retrait unilatéral des rebelles de l’AFC M23 de la ville d’Uvira comme un geste de bonne volonté, directement encouragé par Kigali, visant à démontrer un engagement en faveur de la désescalade. « L’AFC/M23 a récemment entrepris un retrait unilatéral de la ville d’Uvira, démontrant son engagement en faveur de la désescalade », a-t-elle déclaré, faisant de ce mouvement une preuve de sa modération.

Mais au-delà de l’épisode récent, le document remet sur le devant de la scène le spectre historique des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Pour Kigali, ce groupe, dont les racines remontent aux auteurs du génocide de 1994, reste la menace existentielle justifiant une posture sécuritaire vigilante. La déclaration est sans équivoque : les souvenirs du génocide « nous obligent à maintenir des capacités défensives jusqu’à ce que des garanties de sécurité crédibles soient établies ». Ainsi, la poursuite de toute coordination sécuritaire avec la RDC est conditionnée, pour le Rwanda, à la « neutralisation et au désarmement du FDLR ». Cette position place la question du désarmement des FDLR au centre de toute avancée future, créant un point de friction potentiel avec Kinshasa, qui a souvent une lecture différente de la menace et des priorités sur son territoire.

Sur le plan économique, l’ambassadeur a rappelé que les Accords de Washington, via le cadre du Rwanda-DRC Economic Initiative Framework (REIF), ne visent pas à influencer les affaires intérieures congolaises mais à jeter les bases d’un développement régional mutuellement bénéfique. Elle a décrit le REIF comme un outil définissant « des domaines clés pour favoriser la coopération économique et le développement », censé démontrer les bénéfices tangibles de la paix. Cette dimension économique est présentée comme le corollaire indispensable à la stabilité politique, une manière de lier prospérité et sécurité dans le discours rwandais.

Cette déclaration intervient à un moment charnière pour les relations diplomatiques dans les Grands Lacs. Alors que les médiations qataries se poursuivent en parallèle, le Rwanda semble vouloir marquer des points auprès de son partenaire et garant américain, tout en réaffirmant publiquement ses lignes rouges. La balle est désormais dans le camp des autres acteurs. Les États-Unis, facilitateurs des accords, et la RDC, principal partenaire, parviendront-ils à répondre aux préoccupations sécuritaires rwandaises tout en préservant leur propre souveraineté et leur agenda de pacification ? La communauté internationale, notamment l’Union africaine, est appelée à jouer un rôle de vigilance pour empêcher que les accusations mutuelles ne fassent dérailler le processus.

En conclusion, la déclaration de l’ambassadeur Mukantabana révèle une stratégie rwandaise à double face : une adhésion de principe aux mécanismes de paix, doublée d’une ferme insistance sur des garanties sécuritaires très spécifiques. Le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira est brandi comme un gage de paix, tandis que la menace des FDLR est instrumentalisée pour justifier une posture militaire défensive. Pour que les Accords de Washington passent du papier à la réalité, ils devront surmonter le lourd passé de méfiance et trouver une traduction concrète sur le terrain, où la sécurité des populations civiles reste le premier indicateur de succès. La route vers une paix durable dans l’Est congolais demeure semée d’embûches, et la volonté affichée par Kigali sera jugée à l’aune de ses actions futures et de sa collaboration réelle avec tous les partenaires.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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