Le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Ndjili a rendu, mardi 20 janvier 2026, un verdict attendu par une opinion publique indignée. Siégeant en procédure de flagrance, la juridiction a condamné trois agents de la police nationale congolaise (PNC) à trois ans de servitude pénale principale chacun, pour violation des consignes de service. Les policiers Sindani, Kabamba et Kiadi, identifiés comme les auteurs principaux de la chanson controversée « zua ye tshombo tika ye akende », devront également s’acquitter de frais de justice s’élevant à 200 000 francs congolais.
L’affaire, qui a défrayé la chronique en décembre dernier, trouve son origine dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux. On y voit plusieurs policiers en uniforme, manifestement en état d’ébriété, entonner en chœur des paroles scandaleuses incitant à spolier les citoyens. Ce clip, partagé en boucle, a suscité une vague de réprobation et a levé le voile, selon de nombreux observateurs, sur des dérives préoccupantes au sein du corps chargé de la sécurité publique. Comment de tels agissements peuvent-ils être tolérés au sein d’une institution républicaine ? La question, brûlante, a trouvé un début de réponse devant le tribunal militaire Kinshasa.
Sur les cinq policiers congolais initialement présentés à la justice militaire, seuls trois ont écopé de peines fermes. Le jugement a ainsi opéré une distinction nette entre les instigateurs et les autres prévenus. Le policier Kasongo a été acquitté du grief de non-dénonciation, les faits n’ayant pas été suffisamment établis à son encontre par l’accusation. Quant à l’agent Tuzolana, présent sur les lieux, il a été reconnu coupable du même délit mais a bénéficié d’une condamnation à douze mois de servitude pénale avec sursis, marquant la prise en compte par le tribunal de circonstances atténuantes.
Le réquisitoire du ministère public s’est appuyé sur la gravité de l’infraction, qui dépasse le simple fait de tenue incorrecte. La vidéo policiers ivres RDC a été analysée comme un acte portant une atteinte sévère à l’autorité de l’État et à l’image de la Police Nationale Congolaise, sapant la confiance des populations. Les paroles de la chanson zua ye tshombo, traduisant une philosophie de prédation envers les civils, ont été jugées incompatibles avec la mission fondamentale de protection dévolue aux forces de l’ordre. La défense des prévenus a plaidé l’erreur de jeunesse et l’état éthylique, des arguments qui n’ont pas convaincu les juges militaires face à la prémeditation apparente de la mise en scène et de sa diffusion.
La tenue d’un procès en flagrance, procédure accélérée, témoigne de la volonté des autorités judiciaires militaires de traiter cette affaire avec célérité, face à l’émoi national qu’elle a provoqué. Ce verdict envoie un signal fort quant à l’intolérance envers les comportements indignes au sein des services de sécurité. Il pose cependant, en creux, la question plus large des critères de recrutement et de la formation continue au sein de la PNC. L’affaire policiers Sindani Kabamba Kiadi servira-t-elle de catalyseur pour des réformes en profondeur ? Les prochaines étapes, notamment l’éventuel appel du jugement par les condamnés, seront observées avec attention.
Au-delà des peines prononcées, cette décision de justice interroge la culture professionnelle au sein de certaines unités. La banalisation de comportements répréhensibles, capturée et amplifiée par les réseaux sociaux, place l’institution policière face à ses responsabilités. La réparation du préjudice moral causé à la nation et à ses citoyens passe désormais par une application stricte de la sentence et, surtout, par des mesures préventives pour empêcher la répétition de tels scandales. La balle est désormais aussi dans le camp de la hiérarchie policière pour restaurer une discipline et une éthique irréprochables.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
