Le retrait du groupe rebelle M23 de la ville d’Uvira, dans le Sud-Kivu, ne marque pas la fin des cauchemars pour les civils. Un vide sécuritaire inquiétant s’est installé, exposant la population à des risques majeurs d’exactions. Selon un rapport alarmant publié mercredi par l’ONG Human Rights Watch, les milices locales, dites Wazalendo, représentent désormais la principale menace.
La prise de contrôle d’Uvira par le M23 le 10 décembre dernier avait déjà instillé un climat de terreur. Des menaces, du harcèlement et des agressions ont été signalés contre des habitants. Avec le départ des combattants le 17 janvier, une nouvelle phase, tout aussi périlleuse, s’est ouverte. La crainte de représailles ciblant particulièrement la communauté banyamulenge, des Congolais tutsis du Sud-Kivu, a poussé de nombreuses familles à fuir avec les rebelles. Cependant, un nombre indéterminé de civils est resté sur place, pris au piège dans une ville en proie à l’instabilité.
L’armée congolaise (FARDC) s’est finalement déployée dans la ville tard dans la soirée du 18 janvier. Mais cette présence des forces régulières suffira-t-elle à garantir la sécurité des personnes et des biens ? Human Rights Watch en doute fortement. L’organisation estime que la protection des civils reste illusoire si les milices Wazalendo, que le rapport accuse d’être soutenues par l’armée, continuent d’opérer en toute impunité et sans contrôle.
Les preuves de cette dérive sont accablantes. Après le retrait du M23, des pillages généralisés ont été documentés. Des maisons, des commerces, des églises et des bâtiments publics ont été systématiquement saccagés, y compris des propriétés appartenant à la communauté banyamulenge. Des vidéos et des photos vérifiées par l’ONG montrent des scènes de dévastation au tribunal, dans une église méthodiste, un restaurant, un bâtiment administratif et au port de Kalundu. Le bilan matériel est lourd, mais le bilan humain pourrait être bien plus tragique.
Des sources locales font en effet état de nombreux blessés. Pire encore, Human Rights Watch mène actuellement des enquêtes sur des informations crédibles évoquant des tueries de civils depuis le départ du groupe armé. Les habitants dénoncent des exactions attribuées indistinctement à des soldats des FARDC ou à des combattants Wazalendo, accusés de rackets et de tirs aveugles contre des populations sans défense. La crise sécuritaire à Uvira atteint un paroxysme.
Dans ce chaos, les voies de sortie se ferment. L’ONG a recueilli des témoignages selon lesquels des milices Wazalendo auraient délibérément empêché des civils de fuir vers les Hauts Plateaux, une zone pourtant réputée plus sûre. La frontière avec le Burundi, quant à elle, reste hermétiquement close, piégeant davantage les personnes en quête de refuge.
Ce tableau sombre fait écho aux violences passées. Durant la brève période de contrôle du M23, la société civile locale avait déjà signalé des cas de meurtres, de disparitions forcées et de recrutements contraints. L’ONG rappelle par ailleurs qu’en 2025, des soldats congolais et des combattants Wazalendo ont été impliqués dans des exécutions sommaires et des violences sexuelles contre des civils dans le Sud-Kivu. Un cycle de violences qui semble se perpétuer, quel que soit le détenteur du pouvoir.
Face à cette situation explosive, les déclarations des autorités peinent à rassurer. Interrogé par Human Rights Watch le 20 janvier, le ministre congolais de la Défense, Guy Kabombo Muadiamvita, a assuré que les Banyamulenge « ne doivent pas être déplacés de force » et doivent pouvoir « retourner librement à Uvira ». La veille, le gouvernement avait annoncé une « restauration progressive de l’autorité de l’État », promettant des mesures sécuritaires, judiciaires et humanitaires.
Mais sur le terrain, les mots se heurtent à la réalité des exactions. Human Rights Watch appelle avec urgence les autorités à protéger toutes les communautés civiles sans distinction, à écarter les milices abusives de toute opération sécuritaire et à ouvrir sans délai des enquêtes impartiales sur les crimes commis. L’organisation recommande également un déploiement rapide d’experts en droits humains et en protection des civils par la MONUSCO. Bien que retirée du Sud-Kivu en 2024, la mission onusienne pourrait, sur base d’une résolution du Conseil de sécurité de décembre 2025, reprendre certaines activités de surveillance dans la province.
La communauté internationale est également interpellée. L’ONG exhorte l’Union européenne, l’Union africaine et les États-Unis à accroître de toute urgence l’aide humanitaire, à faire pression sur les gouvernements de la région pour garantir la protection des civils et l’accès humanitaire, et à envisager des sanctions ciblées contre les responsables d’exactions. La stabilisation d’Uvira, et plus largement du Sud-Kivu, passe par une réponse coordonnée et ferme face à l’impunité. Le temps presse pour des milliers de civis pris en étau dans cette crise sécuritaire en RDC.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
