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Uvira : après le retrait rwandais, le gouvernement active son plan de restauration de l’autorité

Le gouvernement congolais a dévoilé ce lundi un plan de restauration progressive de l’autorité de l’État dans la ville d’Uvira, une réponse institutionnelle directement liée au retrait forcé de l’armée rwandaise et de ses supplétifs de l’AFC/M23 de cette localité du Sud-Kivu. Cette annonce, formulée dans un communiqué officiel, intervient dans un contexte où Kinshasa tente de reprendre la main sur un territoire récemment sous influence étrangère, tout en adressant un message de fermeté à Kigali. Mais cette manœuvre stratégique est-elle suffisante pour rétablir une sécurité durable dans cette région chroniquement instable ?

Le plan présenté par les autorités de la RDC est tripartite, mêlant des volets sécuritaires, judiciaires et humanitaires. Son objectif affiché est de « rétablir durablement la sécurité, protéger les populations civiles et favoriser la stabilisation sociale » dans cette partie de l’est du pays. Concrètement, il s’agit d’un processus coordonné de retour des Forces armées de la RDC (FARDC), de la Police nationale congolaise et des autres services de sécurité à Uvira et ses environs. Cette réinstallation progressive vise à incarner à nouveau la souveraineté de l’État et à assurer la protection des personnes et de leurs biens.

Cette décision fait suite à ce que le gouvernement qualifie de retrait « forcé » des éléments rwandais et du AFC M23 d’Uvira. Cependant, loin de saluer ce mouvement, Kinshasa l’assimile à une manœuvre tactique dépourvue de sincérité. Le communiqué gouvernemental dénonce en effet des « actes répétés et systématiques de pillage, de vols à grande échelle », « l’instauration d’un désordre prémédité » et le « maintien d’un climat d’insécurité persistante » ayant précédé ce retrait. Pour le pouvoir central, ce repli ponctuel « ne saurait être considéré comme un acte de bonne foi » ni comme une démarche traduisant une volonté sincère d’apaisement. Le message est clair : il ne s’agit pas d’un geste de paix, mais peut-être d’un réajustement sur l’échiquier conflictuel de l’Est.

L’analyse politique de cette séquence révèle la ligne dure adoptée par Kinshasa. Les autorités congolaises estiment que le retrait d’Uvira constitue un développement ponctuel qui ne modifie pas substantiellement la situation sécuritaire générale. La seule issue acceptable, martèle-t-on dans la capitale, demeure le « départ total, effectif et sans condition des forces rwandaises et de leurs supplétifs de l’ensemble du territoire congolais ». Cette exigence absolue s’appuie sur un triple ancrage juridique et diplomatique : la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, les engagements de l’accord de Washington du 27 juin 2025 et le processus de Doha. Le gouvernement RDC place ainsi délibérément la barre très haut, s’armant du droit international pour délégitimer toute présence étrangère et refusant tout récit qui présenterait le retrait d’Uvira comme une victoire ou un apaisement.

Au-delà des considérations militaires, le plan inclut une dimension humanitaire et sociale cruciale. Le gouvernement dénonce avec vigueur la « déportation de populations civiles », notamment des membres de la communauté banyamulenge, qui auraient été contraints de quitter la ville par les forces rwandaises et l’AFC/M23. Ces pratiques sont qualifiées d’« inacceptables et attentatoires aux droits fondamentaux ». Cette dénonciation vise à la fois à pointer du doigt les violations commises et à tenter de préserver une cohésion sociale mise à mal par des actions de « stigmatisation communautaire ». La réussite du plan restauration autorité état Uvira passera aussi par sa capacité à réparer ce tissu social déchiré et à protéger toutes les communautés sans distinction.

Quelles sont les implications réelles de cette annonce pour la sécurité Sud-Kivu RDC ? Si le retour des institutions congolaises à Uvira est un préalable nécessaire, il n’est en aucun cas une garantie de stabilité à long terme. L’Est de la RDC reste un terrain miné par la présence de multiples groupes armés, des intérêts économiques croisés et des interférences régionales persistantes. Le gouvernement joue un rôle périlleux en cherchant à réaffirmer son autorité tout en maintenant une rhétorique inflexible vis-à-vis du Rwanda. Cette stratégie, bien que conforme aux demandes populaires de souveraineté, risque d’alimenter un cycle de tensions si elle n’est pas accompagnée d’une pression diplomatique internationale suffisamment musclée pour faire respecter les résolutions onusiennes.

En conclusion, le plan de restauration de l’autorité de l’État à Uvira représente bien plus qu’une simple opération sécuritaire. C’est un acte politique fort par lequel Kinshasa tente de reprendre l’initiative narrative et opérationnelle dans un dossier explosif. Cependant, l’échec ou la lenteur de sa mise en œuvre pourrait fragiliser la crédibilité du pouvoir central et exacerber les frustrations locales. Les prochains enjeux seront de transformer ces déclarations en actions tangibles sur le terrain, d’assurer une protection effective des civils et de maintenir une unité nationale face aux tentatives de division. La communauté internationale, souvent spectatrice de ces crises, sera-t-elle cette fois un levier efficace pour contraindre au respect des engagements ? L’avenir immédiat d’Uvira, et au-delà du Sud-Kivu, se joue désormais dans cette équation complexe entre déploiement étatique, pressions diplomatiques et réalité sécuritaire volatile.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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