Dans le territoire de Djugu, en province de l’Ituri, une crise sanitaire silencieuse mais dévastatrice frappe le centre de santé Zumbe. Cette structure, autrefois vitale pour la population de la zone de santé de Fataki, est aujourd’hui le théâtre d’une dégradation alarmante de ses conditions d’accueil et de soins. Imaginez-vous, en plein 21ème siècle, des femmes contraintes de donner la vie sur des planches de bois ou, pire encore, à même le sol. Cette image, difficilement concevable, est pourtant la réalité quotidienne de ce centre médical, plongé dans une situation d’urgence humanitaire qui met en péril des vies.
Comment une telle situation a-t-elle pu se produire ? La réponse réside dans un effondrement progressif des services de base. Le centre de santé Zumbe, qui réalisait fièrement plus de 400 césariennes par an, symbolisant ainsi un espoir pour des milliers de familles, est aujourd’hui paralysé par un manque criant d’approvisionnement en médicaments et par l’obsolescence de ses infrastructures. Le bloc opératoire, élément central pour les interventions chirurgicales, n’est plus fonctionnel. Face à des complications obstétricales, le personnel médical, pourtant dévoué, est réduit à improviser avec les moyens du bord, augmentant dramatiquement les risques d’infections nosocomiales et de décès maternels.
Les conséquences de cette déliquescence sont directes et graves. Pour les patientes, les accouchements sur le sol RDC ne sont pas qu’une question de dignité bafouée, mais un véritable risque sanitaire. L’absence d’un environnement stérile favorise les septicémies et les infections du post-partum, des complications qui peuvent s’avérer fatales sans une prise en charge rapide et adaptée. Dans une région déjà fragilisée par l’insécurité, cette défaillance du système de santé agit comme un multiplicateur de vulnérabilités, touchant en premier lieu les femmes et les nouveau-nés.
Face à ce tableau sombre, la mobilisation s’organise. Le Conseil provincial de la jeunesse, après une visite de terrain révélatrice, a tiré la sonnette d’alarme. Leur constat est sans appel : il s’agit d’une urgence absolue. Leurs appels se dirigent à la fois vers les autorités provinciales et nationales, mais aussi vers la communauté internationale et les agences humanitaires. L’objectif ? Obtenir un approvisionnement d’urgence en kits médicaux essentiels pour stopper l’hémorragie et permettre des soins de base dignes de ce nom.
Parallèlement, les notables locaux pointent du doigt une solution structurelle potentielle : le programme STAR-EST. Ce programme de développement, déployé dans l’Est de la République Démocratique du Congo, pourrait être la bouée de sauvetage dont a besoin le centre de santé Zumbe. Les leaders communautaires plaident pour l’intégration, dans le plan d’action prioritaire du STAR-EST, de la construction d’un bâtiment moderne et adéquat. Il ne s’agit pas seulement de réparer, mais de reconstruire sur des bases solides pour garantir la pérennité des services de santé Djugu.
Que faire concrètement pour inverser la tendance ? La priorité immédiate doit être la sécurisation d’un flux régulier de médicaments et de matériel médical stérile. Ensuite, la réhabilitation ou la reconstruction du bloc opératoire est une condition sine qua non pour reprendre les interventions chirurgicales, notamment les césariennes qui sauvent des vies. Enfin, un investissement dans la formation et le soutien du personnel soignant est crucial pour maintenir la qualité des soins. Cette crise à Zumbe est un miroir de défis plus larges. Elle nous interroge collectivement sur la valeur que nous accordons au droit fondamental à la santé, surtout dans les zones reculées. La réhabilitation de ce centre n’est pas un simple projet de construction ; c’est un acte de sauvegarde de la dignité humaine et un investissement essentiel pour l’avenir de toute une communauté. L’heure n’est plus à la constatation, mais à l’action concertée et déterminée.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
