Lors d’un échange de vœux avec le corps diplomatique à Bujumbura, le président burundais Évariste Ndayishimiye a lancé un appel pressant, jeudi 14 janvier 2026, pour une réactivation substantielle de la MONUSCO. Plaidant pour une force d’interposition neutre entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, le chef de l’État burundais a posé un diagnostic sans complaisance sur l’enlisement des initiatives de paix. Sa proposition, qui sonne comme un aveu d’échec des mécanismes actuels, interroge la communauté internationale sur sa capacité à enrayer la crise Est RDC.
« Je pense que si on activait la MONUSCO pour assurer une force d’interposition réelle, le Rwanda aurait la garantie de ne pas être attaqué, et le Congo pourrait retrouver la paix », a déclaré Ndayishimiye. Cette sortie publique, rare dans sa franchise, met en lumière l’impasse stratégique dans laquelle se trouve la région. Le président Burundi Ndayishimiye ne se contente pas d’un constat ; il esquisse une solution qui, si elle était adoptée, modifierait radicalement le mandat de la mission onusienne. Mais cette suggestion est-elle réalisable dans un contexte où la MONUSCO interposition se heurterait aux souverainetés nationales et aux jeux d’influence régionaux ?
Derrière cette proposition se cache une réalité amère : malgré une pléthore d’accords – Washington, Doha, sommets régionaux –, le conflit RDC Rwanda continue de nourrir les violences dans l’Est congolais. Les discussions de Doha, censées traiter des causes profondes de la crise, sont au point mort. Les signatures successives de mécanismes de cessez-le-feu et d’accords-cadres n’ont pas empêché la reprise des combats entre le M23, soutenu par Kigali, et les forces loyalistes. La diplomatie Grands Lacs apparaît ainsi comme un théâtre d’ombres où les engagements sont signés mais rarement exécutés.
Ndayishimiye a également rappelé avec insistance la nécessité de mettre en œuvre les résolutions existantes, notamment la résolution 2773 des Nations unies. « Le Burundi paie déjà le prix de cette guerre », a-t-il averti, craignant une contagion du conflit à l’ensemble de la région. Son intervention souligne un paradoxe : alors que les initiatives se multiplient, leur concrétisation sur le terrain reste lettre morte. L’administration Trump, pourtant impliquée dans le processus de Washington, n’a pas réussi à imposer un respect des accords par les parties. Kinshasa et Kigali persistent dans un dialogue de sourds, chacun accusant l’autre de mauvaise foi.
Dans ce paysage diplomatique fragmenté, l’Angola effectue un retour discret après avoir annoncé son retrait de la médiation en mars 2025. Luanda relance des consultations, cherchant peut-être à reprendre la main sur un dossier dont la complexité dépasse les frontières congolaises. Parallèlement, le Togo organise ce samedi 17 janvier une réunion de haut niveau pour tenter de coordonner les efforts de paix. Ces mouvements témoignent d’une prise de conscience : sans une action concertée et ferme, la région s’enfonce dans l’instabilité.
Mais la proposition de Ndayishimiye de transformer la MONUSCO en gendarme frontalier soulève des questions opérationnelles et politiques. Une telle mission requerrait un mandat robuste, des moyens accrus, et l’accord des deux pays concernés. Or, la RDC a souvent critiqué la passivité de la MONUSCO, tandis que le Rwanda récuse toute ingérence. Comment alors imaginer une force d’interposition acceptée par tous ? La réponse du Conseil de sécurité des Nations unies sera déterminante, mais dans un contexte de divisions internationales, elle risque d’être tardive.
En définitive, l’appel du président burundais met en exergue l’urgence d’une approche nouvelle. Les solutions purement diplomatiques, sans mécanisme coercitif de suivi, ont montré leurs limites. La crise Est RDC n’est plus seulement un problème congolais ; elle est devenue une menace pour la sécurité collective de la région. Si la communauté internationale ne parvient pas à traduire les paroles en actes, le scénario catastrophe redouté par Ndayishimiye – l’embrasement de l’ensemble des Grands Lacs – pourrait devenir une réalité. Le temps de l’atermoiement est révolu ; celui de l’action décisive doit maintenant sonner.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
