La ville de Bunia, en Ituri, a été le théâtre d’un événement porteur d’espoir ce mardi 13 janvier. Au moins 20 déplacés internes, retenus depuis deux mois sur le site de Kigonze, ont finalement recouvré leur liberté. Leur arrestation, survenue en novembre dernier, faisait suite à des soupçons de connivence avec les miliciens de la Convention pour la Révolution populaire (CRP). Faute de preuves tangibles, les autorités ont été contraintes de les relâcher, marquant un tournant dans une affaire qui avait profondément ébranlé la communauté des personnes déplacées.
Cette libération intervient par vagues successives. Un premier groupe avait déjà bénéficié d’une mesure de clémence pendant les festivités de fin d’année. Le dernier contingent, lui, a pu quitter les lieux de détention ce mardi. Ces décisions judiciaires, ou leur absence, pointent du doigt la fragilité des accusations portées initialement. Comment expliquer un maintien en détention aussi long pour des charges finalement non étayées ? La question hante les esprits à Kigonze et au-delà.
L’impact de ces arrestations en Ituri sur la vie du site avait été immédiat et dévastateur. La peur s’était installée au cœur du camp, hébergeant près de 17 000 âmes. La psychose des arrestations arbitraires a poussé près de la moitié des déplacés, principalement des jeunes hommes, à adopter des stratégies de survie extrêmes. Beaucoup ont choisi de passer leurs nuits en dehors du site, errant dans la ville ou louant à grand frais des abris précaires, fuyant ce qui devait être leur sanctuaire.
Aujourd’hui, avec cette libération à Bunia, un lent mouvement de retour s’amorce. Le Comité de gestion du site estime qu’environ 80% de ceux qui avaient fui ont désormais regagné Kigonze. Ce retour progressif est perçu comme le signe tangible d’une restauration, encore fragile, de la confiance entre les populations civiles déplacées et les forces de l’ordre. La sécurité des déplacés était devenue un enjeu critique, et chaque geste compte pour apaiser les tensions.
Pourtant, une frange de la population reste méfiante. Certains déplacés hésitent encore à revenir s’installer de manière permanente. Ils réclament des garanties claires et durables sur le caractère strictement civil du site de Kigonze. Leur demande est simple : que leur lieu de refuge ne se transforme plus en zone de bouclages et d’arrestations répétées. La mémoire des interpellations passées est encore vive, et la crainte d’un nouveau cycle de violence paralyse une partie de la communauté.
Ce timide retour à la normale n’est pas le fruit du hasard. Il résulte d’actions de sensibilisation concertées menées par les partenaires du gouvernement congolais. La MONUSCO, en particulier, a joué un rôle pivot dans ce dialogue visant à renforcer la collaboration entre les civils et les forces de sécurité. L’objectif affiché est de garantir une sécurité durable dans la ville de Bunia, en restaurant un climat de confiance indispensable à la cohésion sociale. La situation reste néanmoins sous haute surveillance.
Déjà en novembre dernier, l’alerte avait été donnée par la société civile. L’ONG Justice Plus avait publiquement exhorté les autorités politico-militaires de la province à garantir le respect absolu des droits fondamentaux des déplacés en Ituri. Leur appel résonne aujourd’hui avec une acuité particulière. La libération des personnes arrêtées à Kigonze constitue-t-elle une réponse à cette pression ? Ou n’est-elle qu’un correctif apporté a posteriori à une erreur judiciaire ?
Les arrestations en Ituri, notamment celles visant les déplacés, posent une question plus large sur les méthodes de lutte contre l’insécurité. L’équilibre entre action sécuritaire et protection des civils est complexe. L’épisode de Kigonze servira-t-il de leçon pour éviter de futures crises de confiance ? Pour l’heure, la Convention pour la Révolution populaire (CRP) continue de semer la terreur dans l’arrière-pays, et la tentation de chercher des complicités au sein des camps de déplacés pourrait resurgir.
La libération de Bunia est donc une bonne nouvelle, mais elle ne doit pas masquer les défis persistants. La sécurité des déplacés reste un impératif catégorique. Le chemin vers une pacification complète de l’Ituri est encore long. La confiance, une fois brisée, se reconstruit lentement. Les prochains jours seront déterminants pour observer si cette dynamique positive se consolide ou si, au contraire, la peur et la méfiance reprendront le dessus dans le cœur des milliers de personnes vulnérables de Kigonze.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
