Alors que plus d’un millier d’enfants risquent de voir leur année scolaire réduite à néant, les responsables éducatifs de Bule, en territoire de Djugu (Ituri), lancent un cri d’alarme. Comment assurer la continuité pédagogique lorsque les salles de classe sont désertées à cause de l’insécurité ? La proposition : organiser d’urgence des cours de rattrapage directement sur le site de déplacés de la Plaine Savo. Une initiative vitale pour sauver l’avenir de ces élèves pris au piège des conflits.
Depuis le 5 décembre 2025, quatorze établissements scolaires de Bule et ses environs ont fermé leurs portes. La raison ? Les affrontements récurrents entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les miliciens de la Convention pour la révolution populaire (CRP), associée à Thomas Lubanga. Cette violence a poussé des milliers de familles, dont de nombreux écoliers et leurs enseignants, à se réfugier dans la Plaine Savo. Résultat : une interruption totale des activités scolaires et la crainte d’une année scolaire blanche.
Innocent Bita Tchuchema, préfet des études de l’Institut de LOPA à Bule, ne baisse pas les bras. Il plaide pour la mise en place de centres d’enseignement temporaires sur les lieux de déplacement. “Il faut agir vite, insiste-t-il, pour que ces enfants ne perdent pas tout espoir d’éducation.” Des cours de rattrapage à Bule pourraient ainsi permettre aux élèves déplacés de poursuivre leur apprentissage, malgré le chaos ambiant. Une solution d’urgence, mais nécessaire pour éviter que toute une génération ne soit sacrifiée.
Pourtant, l’organisation de tels cours dans un contexte d’insécurité pose d’immenses défis logistiques et sécuritaires. Où trouver les ressources matérielles et humaines ? Comment garantir la sécurité des enseignants et des élèves sur un site de déplacés ? La société civile locale rappelle que la seule condition pour une reprise durable de l’éducation passe par la restauration de la paix à Bule. “Sécuriser la zone est primordial, affirme un représentant de la société civile. Sans paix, toute initiative éducative restera précaire.”
Les enfants déplacés d’Ituri sont donc au cœur d’un enjeu crucial : celui du droit à l’éducation dans les zones de conflit. Les écoles fermées à Djugu symbolisent l’impact dévastateur de l’insécurité sur l’éducation en RDC. Face à cette crise, la communauté éducative tente de s’adapter, mais elle ne peut y parvenir seule. Un soutien des autorités et des partenaires humanitaires est essentiel pour mettre en œuvre des solutions concrètes.
À long terme, la question demeure : comment bâtir un système éducatif résilient face aux crises récurrentes ? Les cours de rattrapage constituent une bouée de sauvetage immédiate, mais ils ne suffiront pas. Il faut envisager des stratégies intégrées, combinant éducation d’urgence et consolidation de la paix. L’avenir de ces enfants, et par extension celui de la région, en dépend.
En attendant, chaque jour passé sans école aggrave le retard scolaire et mine les perspectives d’avenir. L’appel des responsables de Bule est clair : il est temps d’innover pour protéger l’éducation, même en temps de guerre. Car sans éducation, aucun retour à la normale n’est possible, et le cycle de la violence risque de se perpétuer.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
