Une odeur putride s’immisce entre les murs d’une école de Boma, au Kongo Central. Elle ne vient pas d’une poubelle ordinaire, mais d’un caniveau où s’entassent des déchets qui n’ont rien à y faire : des seringues usagées, des gants souillés et du sang coagulé. La source ? La clinique Prince de paix, accusée par la Fédération congolaise des droits de l’homme et du développement (FCDHD) de transformer l’enceinte scolaire du quartier Kimbangu en une décharge médicale sauvage. Une violation flagrante qui met en danger la santé des élèves et sonne l’alarme sur une gestion désastreuse des déchets hospitaliers dans la région.
Comment un établissement de soins peut-il devenir une source de pollution aussi directe ? L’enquête menée par la FCDHD depuis novembre 2025 est sans appel. Derrière les salles de classe, un petit caniveau sert de réceptacle à tous les résidus biomédicaux de la clinique, notamment ceux issus de la salle d’accouchement. Ces déchets médicaux à Boma, en décomposition avancée, dégagent des effluves nauséabonds qui envahissent les salles de cours. Les enfants et leurs enseignants sont condamnés à respirer cet air vicié, un cocktail toxique qui expose quotidiennement la communauté scolaire à des risques sanitaires majeurs. Piqûres accidentelles, contamination par des pathogènes sanguins… les menaces sont tangibles et immédiates.
La situation décrite par Gabriel Makiesse, coordonnateur de la FCDHD environnement Boma, est le symptôme d’un mépris profond pour les normes les plus élémentaires. Cette pollution clinique à Boma n’est pas un accident, mais une pratique régulière, selon l’organisation. Pourtant, la gestion sécurisée des déchets d’activités de soins est une obligation légale et éthique, surtout à quelques mètres d’une école. Où est passée la responsabilité sociale de cet établissement ? Le silence obstiné de la clinique Prince de paix, jointe sans succès, ne fait qu’assombrir le tableau et accréditer les accusations de négligence criminelle.
Face à ce scandale, l’action des autorités semble pour le moins timorée. La FCDHD a pourtant saisi le bureau urbain de l’Environnement et le médecin chef de zone de santé de Boma. Mais sur le terrain, rien ne change. Les déchets hospitaliers continuent de pourrir au soleil, et l’odeur infecte persiste. Cette inertie des services compétents interroge sur l’effectivité du contrôle sanitaire dans le Kongo Central. L’impunité dont semble bénéficier la clinique envoie un signal désastreux : la santé scolaire peut être sacrifiée sur l’autel de pratiques douteuses et d’une incurie généralisée.
Les conséquences de cette négligence dépassent largement le périmètre de l’école Kimbangu. Elle révèle une faille béante dans la chaîne de traitement des déchets biomédicaux à Boma, une bombe sanitaire à retardement pour toute la commune de Kalamu. Si un établissement de santé peut impunément jeter ses résidus dangereux dans une cour d’école, que se passe-t-il ailleurs ? Cette affaire met en lumière l’urgence de renforcer drastiquement la surveillance et les sanctions pour protéger les populations. La santé publique et l’intégrité de l’environnement sont indivisibles ; l’une ne peut prospérer si l’autre est sciemment contaminée.
La FCDHD, par son travail d’enquête, a tiré la sonnette d’alarme. Il est maintenant temps que les autorités provinciales et sanitaires du Kongo Central passent à l’action. Des inspections surprises, la suspension éventuelle des activités de la clinique Prince de paix et l’obligation de mise en conformité avec des circuits de traitement agréés sont des mesures indispensables. Les enfants de Boma méritent un environnement d’apprentissage sain, loin des seringues et du sang coagulé. Le droit à un environnement sain, garanti par la constitution, ne doit pas rester une lettre morte face aux intérêts opaques et aux négligences coupables. L’école doit redevenir un sanctuaire, pas une zone sacrifiée.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
