Le mois de décembre 2025 laisse une plaie béante dans le cœur de Shabunda. Neuf vies féminines ont été fauchées, non par une maladie incurable, mais par des actes chirurgicaux réalisés en dehors de tout cadre légal et sécuritaire. Ces décès de femmes à Shabunda, directement liés à des césariennes clandestines, soulèvent une question alarmante : jusqu’où l’absence de contrôle peut-elle mener en matière de santé publique ?
Les faits, rapportés par les autorités sanitaires locales, sont glaçants. Dans différentes structures médicales, principalement des établissements privés non réglementés, des interventions ont été pratiquées dans des conditions qualifiées d’« inappropriées » et « en dehors des normes médicales requises ». Le docteur Kyatugu Shabani, médecin-chef de zone de Shabunda, n’a pas mâché ses mots pour décrire ces scènes dramatiques, évoquant des « opérations dans les bistrots orchestrés par les charlatans et quelques médecins de l’État inconscients ».
Comment en est-on arrivé là ? La réponse réside souvent dans un mélange toxique de précarité, de méconnaissance et de recherche de solutions rapides et moins coûteuses. Les pratiques médicales non autorisées prospèrent dans les interstices d’un système de santé fragilisé. Pour une femme en détresse obstétricale, le chemin vers un hôpital public peut sembler long, coûteux ou intimidant. Des alternatives illégales, promettant rapidité et discrétion, deviennent alors un piège mortel. Cinq des neuf décès sont directement imputables à ces césariennes clandestines, mettant en lumière un problème de santé publique majeur.
Les risques encourus lors de telles interventions sont multiples et extrêmes. Sans environnement stérile, le risque d’infection septicémique est considérable. En l’absence de matériel adapté et de compétences avérées, une hémorragie peut devenir incontrôlable en quelques minutes. L’anesthésie, administrée par des mains non expertes, présente un danger vital en soi. Ces actes, pratiqués par des « agents clandestins » selon les termes du médecin-chef, privent les patientes de toute garantie de sécurité et de tout recours en cas de complication.
Face à cette hécatombe, la réaction des autorités a été ferme. L’administrateur intérimaire de Shabunda, Muzaliya Raphaël Konga Konga, a pris un arrêté ordonnant la suspension des structures médicales Shabunda impliquées dans ces tragédies. « Je donne l’ordre à la justice et aux services de sécurité d’arrêter tous les auteurs. Il faut que cette pratique s’arrête dès aujourd’hui », a-t-il déclaré. Cette décision vise à couper court à l’impunité et à envoyer un signal fort aux praticiens de l’ombre.
Mais au-delà de la sanction, une question demeure : comment prévenir de tels drames à l’avenir ? La sensibilisation des populations est un pilier essentiel. Il est crucial d’informer les femmes et leurs familles sur les dangers mortels des accouchements assistés par du personnel non qualifié. Reconnaître les signes avant-coureurs d’un accouchement à risque et savoir vers quelle structure officielle et agréée se tourner peut sauver des vies. Les centres de santé reconnus, bien que parfois confrontés à des défis logistiques, offrent un cadre garantissant des standards minimaux de sécurité et la possibilité d’une évacuation sanitaire en cas de besoin.
La tragédie de Shabunda doit servir de cri d’alarme national. Elle interpelle sur la nécessité de renforcer l’accessibilité géographique et financière des soins obstétricaux d’urgence de qualité. Elle questionne aussi la surveillance effective des établissements de soins pour empêcher que des charlatans ne revêtent une blouse blanche. La vie de neuf mères, sœurs et filles ne doit pas être une statistique oubliée, mais le point de départ d’une vigilance accrue et d’une action collective pour que l’acte de donner la vie ne se transforme plus en sentence de mort.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
