Dans un virage stratégique majeur pour sa politique monétaire, la République Démocratique du Congo s’apprête à transformer son abondant sous-sol en bouclier financier. Après des décennies de production aurifère sans conservation étatique, la Banque Centrale du Congo (BCC) va constituer dès 2026 des réserves d’or officielles. Cette décision, actée par le Comité de politique monétaire le 8 janvier, vise à consolider la valeur du franc congolais et à diversifier les actifs de la nation face aux turbulences des marchés internationaux.
Le gouverneur de la BCC, André Wameso, a confirmé le lancement effectif du projet cette année, concrétisant une ambition annoncée fin 2025. « Nous sommes dans ce processus-là et nous allons le concrétiser au cours de l’année 2026 », a-t-il déclaré, soulignant que cette initiative s’inscrit dans la tendance mondiale des banques centrales à se tourner vers l’or RDC comme actif refuge. Cette démarche intervient dans un contexte où le secteur aurifère congolais, pourtant riche de gisements immenses, reste paradoxalement une source de vulnérabilité économique.
En effet, l’exploitation de l’or RDC est minée par des défis structurels profonds : pratiques frauduleuses, contrebande à grande échelle et contrôle de nombreux sites par des groupes armés, tant locaux qu’étrangers. Cette économie parallèle prive l’État de revenus colossaux et alimente l’instabilité, particulièrement dans l’Est du pays. La nouvelle stratégie de la BCC se présente donc aussi comme un puissant instrument de gouvernance et de pacification. En intégrant l’or artisanal dans le circuit officiel, les autorités espèrent améliorer radicalement la traçabilité du minerai, rationaliser les circuits de commercialisation et tarir les flux financiers illicites qui nourrissent l’insécurité.
« Le fait que le Congo soit un pays producteur d’or s’inscrit pleinement dans cette logique », a expliqué le gouverneur Wameso. « D’autant plus que si la Banque centrale se met à constituer des réserves d’or en utilisant notamment l’or artisanal, cela contribuera à une meilleure traçabilité de ce minerai, qui fait partie des causes du conflit que nous vivons à l’Est ». Cette approche vise à transformer une malédiction des ressources en levier de développement et de stabilité.
Sur le plan macroéconomique, l’introduction de l’or dans les réserves d’or de la BCC répond à une nécessité impérieuse : réduire la dépendance excessive aux devises étrangères, principalement le dollar américain. Dans une économie encore très extravertie, cette diversification est cruciale pour atténuer les risques liés aux fluctuations erratiques des taux de change. L’or, en tant qu’actif tangible et historique, offre une couverture naturelle contre l’inflation et les crises de confiance, renforçant ainsi la crédibilité de l’institution monétaire et la résilience du franc congolais.
Cette réorientation audacieuse de la politique monétaire s’inscrit dans une dynamique positive récente. Le franc congolais a en effet affiché une appréciation notable de 30,44% à l’indicatif entre décembre 2024 et décembre 2025. Pour consolider cette tendance et soutenir la croissance, le Comité de politique monétaire a parallèlement décidé un assouplissement monétaire significatif, abaissant son taux directeur de 17,5% à 15,0%. Cette baisse de 250 points de base vise à rendre le crédit moins coûteux, relancer l’investissement des entreprises et stimuler la création d’emplois.
La Banque Centrale du Congo navigue ainsi sur une ligne de crête complexe : tout en assouplissant les conditions de crédit pour booster l’activité économique, elle renforce en parallèle les fondamentaux de sa monnaie par l’accumulation d’un actif solide. Cette double manœuvre démontre une volonté d’utiliser tous les leviers de la politique monétaire de manière proactive et coordonnée. La réussite de ce pari ambitieux dépendra toutecritiquement de la capacité des autorités à assainir les filières d’approvisionnement et à capter une part significative de la production nationale d’or RDC, encore largement détournée.
À plus long terme, la constitution de réserves d’or par la BCC pourrait marquer un tournant décisif pour l’autonomie financière de la RDC. En dotant le pays d’un matelas de sécurité valorisé sur les marchés internationaux, elle renforcerait la souveraineté monétaire et la marge de manœuvre des autorités face aux chocs externes. La transformation de l’or congolais, de simple matière première extraite en actif stratégique détenu par la banque des banques, symbolise le passage d’une économie de rente à une économie de résilience. L’année 2026 sera donc cruciale pour juger de la capacité de la Banque Centrale du Congo à concrétiser cette vision et à ancrer durablement la stabilité du franc congolais.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
