La Première ministre Judith Suminwa a officiellement engagé, jeudi 8 janvier 2026, le processus gouvernemental de mise en œuvre des Accords de Washington. Lors du Conseil des ministres du lendemain, elle a informé ses pairs de la tenue d’une séance de travail regroupant les ministères concernés par ces textes signés sous les auspices de l’ancien président américain Donald Trump. L’objectif déclaré est de rationaliser et de concrétiser les projets issus de ce cadre de coopération, au bénéfice des intérêts nationaux.
Selon le compte-rendu officiel, cette réunion préliminaire visait à « adosser, au niveau du gouvernement, le cadre général de coopération ». Pour assurer une coordination optimale, un comité de pilotage interministériel sera constitué. Sa mission première sera d’élaborer une feuille de route détaillée, destinée à aligner l’action gouvernementale sur la politique définie par le Président de la République. Par ailleurs, Judith Suminwa a annoncé la convocation, pour le mardi 13 janvier, d’une réunion du Comité de conjoncture économique élargi. Cette instance devra harmoniser les actions des parties prenantes et garantir une compréhension commune des clauses complexes contenues dans ces accords.
Les Accords de Washington, signés le 4 décembre dernier, constituent un instrument diplomatique ambitieux. Présentés comme « historiques » par l’administration Trump, ils entendent tourner la page des décennies de conflit entre la RDC et le Rwanda. Leur objectif affiché est de jeter les bases d’une paix durable tout en favorisant une coopération économique inédite. Ces accords réaffirment l’engagement des deux pays à mettre en œuvre l’accord de paix du 27 juin 2025 et à réaliser la vision du Cadre d’intégration économique régionale (REIF). Ce dernier, signé en parallèle, est présenté comme un outil bilatéral novateur visant à libérer le potentiel économique de la région des Grands Lacs et à créer des opportunités pour les investisseurs, notamment américains.
Le dispositif comprend également plusieurs instruments bilatéraux signés sous l’égide du secrétaire d’État Marco Rubio. Parmi eux figurent un Accord de partenariat stratégique entre les États-Unis et la RDC, un Protocole d’accord pour un partenariat élargi en matière de sécurité, et un Cadre États-Unis–Rwanda pour une prospérité économique partagée. Cette architecture complexe souligne la volonté de Washington de s’impliquer durablement dans la stabilisation et le développement de la région. Mais cette RDC Rwanda coopération, si elle est saluée par les signataires, est-elle perçue de la même manière dans l’opinion congolaise ?
La réponse est clairement négative. En République Démocratique du Congo, les critiques accords Washington sont vives et ne faiblissent pas. Si le gouvernement y voit le signe d’un niveau élevé de confiance entre Kinshasa et Kigali, une partie importante de la société civile et de la classe politique dénonce un marché de dupes. L’archevêque de Lubumbashi, Mgr Fulgence Muteba Mugalu, s’est fait l’écho de ces inquiétudes en qualifiant les textes de « bradage ». Pour le prélat, ces accords sacrifieraient le développement à long terme du pays et compromettraient le bien-être des générations futures, au seul bénéfice, selon lui, de la pérennisation d’un régime politique. Cette opposition illustre le défi majeur auquel fait face le gouvernement Suminwa : traduire dans les faits une diplomatie controversée en résultats tangibles pour la population.
La mise en œuvre accords Washington s’annonce donc comme un exercice d’équilibre délicat pour la Première ministre. D’un côté, elle doit répondre aux attentes de la communauté internationale et du partenaire américain, désireux de voir des progrès rapides. De l’autre, elle doit gérer les scepticismes internes et démontrer que ces engagements servent effectivement la souveraineté et les intérêts économiques congolais. La création de comités et l’élaboration de feuilles de route sont des premières étapes bureaucratiques nécessaires. Mais le véritable test sera leur capacité à produire des changements sur le terrain, en matière de sécurité frontalière et de projets économiques concrets. La réunion du Comité de conjoncture du 13 janvier sera un premier indicateur de la volonté réelle d’harmonisation et de transparence.
L’avenir de la région des Grands Lacs peut-il véritablement se construire sur la base de ces accords ? La question reste ouverte. Le succès de cette initiative dépendra non seulement de la bonne foi des parties signataires mais aussi de leur aptitude à impliquer l’ensemble des forces vives de leurs nations respectives. Pour l’heure, l’action de Judith Suminwa se concentre sur la mise en musique technique d’un texte dont la partition politique divise encore profondément. La suite du processus démontrera si ces instruments diplomatiques sauront jouer la symphonie de la paix et du développement promise, ou s’ils resteront une source de dissonance au cœur de l’Afrique.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
