Une opération de sécurité menée par les wazalendo a abouti à l’interception d’une embarcation congolaise en provenance du Burundi, vendredi 9 janvier. L’incident s’est produit au village de Mizimu, dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu. Le bateau, dénommé Okako 2, effectuait la liaison entre les rives burundaise et congolaise via le lac Tanganyika, transportant passagers et marchandises. Dans le contexte tendu de la guerre opposant les rebelles de l’AFC/M23 aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), ce trafic lacustre a immédiatement été perçu comme suspect, justifiant son arraisonnement.
Selon des sources locales de la société civile, les wazalendo ont confisqué les téléphones et les biens des passagers à des fins d’enquête. “Le bateau Okako 2 en provenance du Burundi pour Kalemie est intercepté dans le village de Mizimu dans le territoire de Fizi. Pour raison d’enquête, les téléphones et les biens des passagers ont été confisqués”, indique un acteur de la société civile locale. Un autre acteur communautaire ajoute : “A part ce bateau, il y a aussi un autre boat qui attendait les passagers de ce bateau qui est aussi bloqué ici”. Ces propos révèlent l’étendue des contrôles exercés par les groupes d’autodéfense dans la région.
Parallèlement, l’autorité urbaine de la ville de Baraka a pris des mesures drastiques pour renforcer la sécurité. Dès le mercredi 8 janvier, l’accostage des embarcations en provenance d’Uvira a été formellement interdit. Cette décision résulte d’une réunion du conseil de sécurité élargi aux wazalendo, visant à “renforcer la protection de la ville contre tout risque potentiel”. Dans un communiqué signé par le maire intérimaire de Baraka, Marie Mukandja, il est précisé : “L’accostage des embarcations en provenance de la ville d’Uvira est formellement interdit au port de Mshimbakye ainsi que sur toutes les plages de la ville de Baraka, en est de même pour celles qui voudront se rendre dans la zone mentionnée. Cette décision a été prise dans un contexte de sécurité précaire et en raison de la situation volatile dans la région, notamment les risques de mouvements suspects et d’infiltration par voies lacustres”.
Cette interdiction s’inscrit dans une série de mesures adoptées depuis la prise de la ville d’Uvira par les rebelles de l’AFC/M23. La circulation dans la région est fortement restreinte, avec notamment l’arrêt du trafic entre les provinces du Sud-Kivu et du Tanganyika via le lac Tanganyika. Les autorités craignent que les voies lacustres soient utilisées pour des infiltrations de combattants rebelles ou pour le transport d’armes et de matériel. La sécurité du lac Tanganyika devient ainsi un enjeu majeur dans le conflit. Le trafic lacustre en RDC se trouve sous étroite surveillance, chaque mouvement étant scruté à la loupe.
Mais jusqu’où ira cette crise sécuritaire ? La population locale, déjà éprouvée par des années de violence, voit ses déplacements et ses activités commerciales gravement perturbés. Le trafic lacustre, vital pour l’économie régionale, est désormais sous haute surveillance. Les wazalendo, devenus des acteurs clés de la sécurité au Sud-Kivu, multiplient les interventions pour contrer toute menace potentielle. Leur rôle, cependant, interroge sur l’équilibre entre sécurité civile et libertés individuelles. Comment assurer la protection des populations sans asphyxier les échanges essentiels ?
L’interception du bateau Okako 2 illustre la méfiance généralisée qui règne dans la région. Toute embarcation en provenance de zones contrôlées par les rebelles ou de pays voisins est suspectée de participer à des activités illicites. Les passagers et les marchandises sont systématiquement fouillés, et leurs biens saisis le temps des enquêtes. Cette situation crée des tensions supplémentaires avec les communautés riveraines qui dépendent du lac pour leur survie. La vigilance est extrême face à tout trafic lacustre pouvant servir de couverture aux rebelles.
Les mesures prises à Baraka montrent que les autorités locales, en collaboration avec les wazalendo, sont déterminées à verrouiller l’accès à la ville par le lac. Toutefois, ces restrictions risquent d’isoler davantage les populations et d’affecter l’approvisionnement en biens essentiels. La sécurité du lac Tanganyika est désormais une priorité absolue, mais à quel prix économique et social ? La question reste en suspens, alors que la guerre contre les rebelles de l’AFC/M23 entre dans une phase critique et que les risques d’infiltration persistent.
En conclusion, l’incident de Mizimu et l’interdiction d’accostage à Baraka reflètent l’état de siège dans lequel se trouve une partie du Sud-Kivu. L’interception du bateau congolais venu du Burundi par les wazalendo n’est qu’un épisode dans une stratégie plus large de contrôle des voies navigables. Les risques d’infiltration par voies lacustres sont pris très au sérieux, justifiant des mesures exceptionnelles. Le bilan actuel est lourd : trafic interrompu, liberté de mouvement réduite, et une méfiance accrue envers tout ce qui circule sur le lac. La suite dépendra de l’évolution du conflit et de la capacité des autorités à rétablir une sécurité durable sans nuire au développement régional. La stabilisation du lac Tanganyika reste un impératif pour la paix dans l’Est de la RDC.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
