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Plaques minéralogiques en RDC : un scandale d’État se profile derrière la réforme

Alors que la Direction générale des impôts (DGI) s’apprête à lancer, à compter du 6 janvier 2026, une nouvelle plaque minéralogique sécurisée, une violente controverse éclate sur les conditions d’attribution de ce marché public. La coalition “Le Congo n’est pas à vendre” (CNPAV) dénonce un processus “profondément chaotique”, entaché d’irrégularités et de soupçons de captation de revenus au profit d’intérêts privés, jetant une ombre sur une réforme pourtant annoncée comme majeure.

Ce dossier, communément appelé “Plaque V”, cristallise les tensions entre la modernisation affichée de l’administration et les pratiques opaques qui minent la gouvernance en République Démocratique du Congo. Comment une initiative visant à digitaliser les procédures et assainir les finances publiques a-t-elle pu dériver vers un imbroglio aux relents de conflits d’intérêts et de violations présumées de la loi sur les marchés publics ? La question mérite d’être posée, tant les révélations de la CNPAV, appuyées par des sources concordantes et des investigations journalistiques, dessinent un tableau alarmant.

Le ministère des Finances, sous l’impulsion de Nicolas Kazadi, avait pourtant affiché des objectifs louables : réduire les tracasseries, fixer un tarif unique à 120 USD, augmenter la part du Trésor et briser les monopoles. Un appel d’offres international avait même suscité l’intérêt de grands noms du secteur. Cependant, la coalition révèle qu’un changement technique de dernière minute, opéré en catimini, a bouleversé la donne. L’abandon soudain de la plaque en aluminium au profit d’une plaque en plexiglas a eu pour effet d’écarter plusieurs soumissionnaires préqualifiés, favorisant ainsi de manière suspecte la société belge Castillo Valere BV.

Cette opacité se double de graves soupçons de conflits d’intérêts. Le représentant local de l’entreprise bénéficiaire, Castillo Service RDC, serait lié à George Batuleji, cadre de l’UDPS et proche des cercles du pouvoir. Un tel rapprochement, dans un marché attribué de manière confidentielle sous le mandat de l’ancien ministre Doudou Fwamba, ne peut que nourrir les interrogations sur l’indépendance et l’intégrité du processus. L’affaire, déjà épinglée par le média Africa Intelligence en août 2025, décrit une procédure relancée “dans la clandestinité la plus totale”, un qualificatif lourd de sens pour une opération d’une telle envergure financière.

Car l’enjeu est colossal. Avec un parc automobile estimé à 3 millions de véhicules, l’opération de changement obligatoire des plaques d’immatriculation représente un gisement de plusieurs centaines de millions de dollars. Or, le montage financier dénoncé par la CNPAV apparaît particulièrement défavorable à l’État congolais. Selon leurs analyses, le prix de production d’une plaque ne dépasserait pas 30 USD, mais la part contractuelle accordée au fournisseur resterait calquée sur l’ancien contrat de 2009, soit 65 USD. Une marge considérable de 35 USD par plaque serait ainsi captée par des intermédiaires privés, tandis que la part du Trésor public n’augmenterait que d’un seul dollar, passant de 35 à 36 USD.

Plus inquiétant encore, une quotité serait attribuée sans base légale claire à un “comité de suivi” mêlant membres de cabinets ministériels, de la DGI et des représentants de l’entreprise privée. Le système de versement des fonds sur des comptes bancaires privés, déconnecté de la chaîne de trésorerie publique, achève de brouiller toute traçabilité. La Loi des finances 2026 elle-même ne permet pas de suivre clairement les recettes générées par les plaques minéralogiques, un vide juridique et comptable qui facilite les dérives.

Face à ce qui ressemble à une énième affaire de corruption dans les marchés publics, la CNPAV lance un appel ferme. La coalition exige la publication intégrale de tous les documents contractuels, un audit indépendant, l’ouverture d’enquêtes judiciaires et la suspension immédiate de l’opération tant que les zones d’ombre ne seront pas dissipées. Elle rappelle, avec une pointe d’amertume, que les réformes ne sauraient servir de paravent à des intérêts particuliers. La modernisation de l’administration, notamment celle de la Direction générale des impôts, se doit d’être irréprochable.

Le gouvernement joue donc gros avec ce dossier des plaques d’immatriculation. Son crédit, déjà mis à mal par de précédents scandales, ne résisterait pas à l’échec d’une réforme aussi symbolique. La balle est désormais dans son camp : poursuivre dans l’opacité au risque d’une crise de confiance majeure, ou saisir l’opportunité d’un réexamen transparent pour démontrer que la lutte contre la corruption n’est pas un vain mot. L’avenir de cette réforme, et peut-être au-delà, se jouera sur sa capacité à répondre à ces légitimes interrogations.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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