Le tableau est d’une tristesse infinie. Dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, des milliers de regards perdus racontent une même histoire : celle de la fuite et de la peur. À cause des violents affrontements qui opposent les rebelles de l’AFC-M23 aux Forces Armées de la RDC (FARDC), des familles entières ont tout abandonné. Elles se retrouvent aujourd’hui entassées dans des écoles et des églises, transformées en abris de fortune, un semblant de refuge face à la tourmente. La crise humanitaire qui frappe cette région s’aggrave de jour en jour, laissant derrière elle un sillage de désolation et de besoins criants.
« Leur nombre augmente continuellement », alerte avec une voix chargée d’inquiétude l’administrateur du territoire, Samy Kalonji Badibanga. L’exode se concentre sur les Hauts Plateaux et l’axe Makobola le long de la mythique Route Nationale n°5. Ces familles, venues d’Uvira et d’autres zones en proie aux combats dans le Sud-Kivu, convergent vers quatre points de ralliement, devenus des symboles de leur détresse : le littoral du lac Tanganyika, l’axe Makobola-Mboko, Fizi-centre et Point Zéro Kwa Mulima. Mais ces lieux censés offrir un répit sont loin d’être des havres de paix.
L’occupation des écoles et des églises par ces déplacés internes du Sud-Kivu a un prix double. D’une part, elle suspend les activités scolaires et ecclésiastiques, plongeant la vie communautaire dans le chaos. D’autre part, elle expose des populations déjà vulnérables à des conditions de vie indignes. « Le littoral du Tanganyika, foyer de choléra et de rougeole, expose particulièrement les enfants à des risques épidémiques majeurs », déplore M. Badibanga. Imaginez un instant : des enfants épuisés par la marche, dormant à même le sol dans des salles de classe surpeuplées, avec un accès limité à l’eau potable et aux latrines. Comment ces familles survivent-elles ? Comment font-elles face à la faim, à la maladie, et à l’angoisse de l’avenir ?
La situation est un cocktail explosif. La promiscuité, le manque d’hygiène et la dénutrition créent un terrain idéal pour la propagation de maladies. Les déplacés de guerre en RDC dans cette région du Sud-Kivu ne fuient pas seulement les balles, ils fuient aussi vers des risques sanitaires tout aussi mortels. L’aide d’urgence en RDC semble être un mirage lointain pour ces milliers de personnes. Où sont les vivres pour apaiser leur faim ? Où sont les non-vivres – couvertures, moustiquaires, ustensiles de cuisine – pour préserver un minimum de dignité ? Où sont les abris décents pour les protéger des intempéries ?
Face à cette urgence, l’appel lancé par l’autorité territoriale résonne comme un cri dans le désert. Samy Kalonji Badibanga exhorte les autorités provinciales et nationales à une intervention rapide et massive. Il en appelle également à la communauté humanitaire, la suppliant de se mobiliser face à cette crise humanitaire à Fizi qui prend des proportions dramatiques. Mais les mots suffiront-ils à déclencher l’action nécessaire ? Combien de rapports, combien d’alertes faudra-t-il encore pour que la solidarité se concrétise en actes sur le terrain ?
Ces déplacés internes sont les victimes oubliées d’un conflit qui les dépasse. Ils ont troqué leur vie d’avant contre l’incertitude et la dépendance. Leur présence massive sur ces axes est le symptôme palpable de l’instabilité qui mine la région. Les affrontements AFC-M23 et FARDC ne produisent pas seulement des communiqués militaires ; ils produisent surtout des mères désespérées, des enfants malades et des pères impuissants. La réponse à cette catastrophe ne peut être que collective et immédiate. Fournir une aide d’urgence n’est pas un acte de charité, c’est une obligation humaine et un impératif pour stabiliser une région au bord du gouffre. Le temps presse, et chaque jour perdu aggrave la souffrance de milliers de Congolais qui n’aspirent qu’à retrouver un toit et la paix.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
