Dans l’ombre des conflits qui déchirent l’Est de la République Démocratique du Congo, une autre tragédie se joue dans le silence assourdissant des camps de réfugiés au Burundi. Des familles entières, ayant fui les violences perpétrées par l’AFC/M23 dans les territoires d’Uvira et de Fizi, au Sud-Kivu, luttent désormais pour leur survie dans des conditions d’une précarité insoutenable. Le manque d’abris décents, l’absence de soins médicaux et la faim tenaille font des ravages, transformant ces lieux de refuge en couloirs de la mort.
L’Organisation citoyenne pour la paix et la cohabitation communautaire (CPCC) a révélé des chiffres qui glacent le sang : en l’espace de seulement deux semaines, ce sont plus de 105 vies congolaises qui se sont éteintes dans les camps de transit de Rugombo, Rumonge et Gatumba. « La situation est très choquante », alerte Ahadi Bya Masu, président du comité exécutif de la CPCC. Selon lui, ces décès de réfugiés congolais au Burundi sont directement imputables à « l’insuffisance d’hébergement approprié, le manque de soins de santé, l’absence d’une assistance humanitaire structurée ». Pire encore, certaines personnes ont été victimes d’attaques par des individus armés de flèches et d’armes blanches, ajoutant l’horreur de la violence à celle de la négligence.
Comment une telle hécatombe a-t-elle pu se produire à quelques encablures de la frontière congolaise, sous le regard supposé des autorités et des agences onusiennes ? La crise humanitaire qui frappe ces déplacés est le résultat d’un enchaînement de défaillances. Fuyant l’avancée des combattants du M23, ces milliers de Congolais ont cherché un havre de paix au Burundi. Mais sur place, les conditions d’accueil sont loin d’être à la hauteur de l’urgence. Les abris de fortune n’offrent aucune protection contre les intempéries, les centres de santé sont inexistants ou surchargés, et la distribution de nourriture reste aléatoire. Cette situation met en lumière les déficiences criantes de l’assistance humanitaire pour les Congolais au Burundi.
Le témoignage de la CPCC est un cri d’alarme lancé à la face du monde. L’organisation demande instamment au gouvernement de la République Démocratique du Congo ainsi qu’aux partenaires internationaux d’apporter une aide « digne et durable » à ces populations vulnérables. Une assistance adéquate pourrait non seulement sauver des vies, mais aussi protéger les réfugiés contre d’autres menaces, qu’elles soient sanitaires ou sécuritaires. Pourtant, à ce jour, les appels semblent tomber dans un puits sans fond. Radio Okapi a tenté, sans succès, de joindre le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Burundi ainsi que le gouvernement provincial du Sud-Kivu. Ce silence nourrit un sentiment d’abandon chez les réfugiés et interroge sur l’efficacité des mécanismes de protection en place.
La tragédie des camps de réfugiés au Burundi est le miroir cruel d’une crise plus large. L’agression de l’AFC/M23 dans le Sud-Kivu a provoqué des déplacements massifs de population, mettant sous tension les capacités d’accueil des pays voisins. Le Burundi, lui-même confronté à des défis économiques et politiques, peine à gérer cet afflux. Mais cela justifie-t-il de laisser des êtres humains mourir de causes évitables ? La communauté internationale, souvent prompte à condamner les violences, ne peut fermer les yeux sur les conséquences humanitaires de ces conflits. Les mots-clés comme « crise humanitaire RDC Burundi » ou « assistance humanitaire Congolais Burundi » ne doivent pas rester de simples expressions médiatiques, mais appeler à une mobilisation concrète.
Au-delà des chiffres, ce sont des histoires individuelles qui s’effacent. Des pères, des mères, des enfants qui ont tout perdu : leur maison, leur terre, et maintenant leur vie, loin de chez eux, dans l’indifférence générale. Cette situation pose une question fondamentale : quelle valeur accordons-nous à la vie des réfugiés congolais ? La réponse se trouve dans l’action immédiate. Il est impératif que les autorités congolaises, en collaboration avec le HCR et d’autres organismes, mettent en place un plan d’urgence pour secourir ces populations. Cela passe par l’envoi de tentes, de médicaments, de nourriture, et par la sécurisation des camps.
En conclusion, la mort de plus de 100 Congolais dans les camps burundais est un scandale humanitaire qui ne peut rester sans suite. Elle révèle les failles d’un système de protection des réfugiés qui, dans cette région, montre ses limites. La solidarité nationale et internationale n’est pas une option, mais une obligation morale. Il est temps que les décideurs, à Kinshasa, à Bujumbura et dans les capitales occidentales, prennent la mesure de cette catastrophe et agissent pour éviter que de nouveaux noms ne viennent s’ajouter à la liste déjà trop longue des victimes de l’instabilité dans l’Est de la RDC.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
