La nuit du 4 au 5 janvier s’est transformée en cauchemar absolu pour une famille du quartier Nkafu, dans la commune de Kadutu. Alors que Bukavu dormait, un éboulement soudain a tout emporté sur son passage, arrachant à la vie deux filles et deux garçons d’un même foyer. Comment une telle tragédie a-t-elle pu frapper en plein cœur de la ville ? Le président de la société civile locale, Christian Baguma, livre un bilan glaçant : « Le bilan provisoire est de 4 morts. » Un drame qui laisse une communauté entière en état de choc et pose, une nouvelle fois, la question brûlante de la sécurité des habitations dans les zones à risque.
Les faits se sont déroulés tard dans la nuit, alors que les victimes étaient vraisemblablement endormies. L’éboulement à Bukavu, dans le secteur de Nkafu, n’a laissé aucune chance à ces quatre jeunes vies. La cheffe du quartier adjointe confirme l’indicible : les défunts sont tous frères et sœurs. Leurs corps, à présent déposés aux cliniques universitaires de Bukavu, sont le sinistre témoignage d’une catastrophe annoncée. Au-delà du drame humain, les pertes matérielles sont également considérables, anéantissant en quelques secondes le peu de biens que possédait cette famille. Cet accident à Kadutu n’est malheureusement pas un cas isolé, mais il résonne avec une violence particulière par son bilan familial.
Cette nouvelle tragédie à Bukavu agit comme un révélateur cruel des réalités urbaines et sociales. Le quartier Nkafu, comme tant d’autres à Kadutu et ailleurs dans la ville, est-il condamné à vivre sous la menace permanente des glissements de terrain ? Les constructions, souvent réalisées sans étude préalable des sols et dans des conditions de précarité extrême, transforment des collines entières en véritables poudrières. Les pluies, la déforestation, le manque criant d’infrastructures de drainage et d’aménagement territorial créent un cocktail explosif. Chaque saison des pluies devient ainsi une période d’angoisse pour des milliers de ménages. Jusqu’à quand devrons-nous déplorer des morts à Nkafu et dans d’autres quartiers similaires ?
Le silence qui suit ce type d’événement est tout aussi assourdissant que le bruit de la terre qui s’effondre. Les promesses d’aménagement et de relogement des populations des zones à haut risque restent trop souvent lettre morte. La société civile tire régulièrement la sonnette d’alarme, mais les moyens manquent et l’urgence n’est pas toujours traitée comme telle. Les victimes de Bukavu, aujourd’hui ces quatre jeunes, hier d’autres, paient le prix fort de cette inertie. Cette catastrophe met en lumière l’impérieuse nécessité d’une politique urbaine volontariste, centrée sur la prévention et la sécurisation des habitats. Il ne s’agit plus seulement de gérer les crises, mais de les anticiper pour éviter qu’elles ne se produisent.
Alors que la douleur est encore vive pour les proches et les voisins, la communauté de Nkafu se retrouve face à un vide abyssal. Cet éboulement mortel vient rappeler, dans toute sa brutalité, la précarité dans laquelle vivent de nombreux Congolais. Derrière les chiffres et les bilans, il y a des destins brisés, une famille disloquée, un avenir volé. Cette tragédie à Bukavu doit servir d’électrochoc. Elle interpelle les consciences et appelle à une mobilisation collective pour que de tels drames ne se reproduisent plus. La sécurité des citoyens doit être la priorité absolue, car chaque vie perdue dans un accident évitable est un échec pour toute la société. Le deuil de Kadutu est un deuil national.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
