La Corée du Nord a procédé dimanche 4 janvier à son premier essai de missiles balistiques de l’année, lançant plusieurs projectiles depuis la région de Pyongyang vers la mer du Japon. Ces tirs interviennent à un moment géopolitiquement sensible, au lendemain de l’intervention militaire américaine au Venezuela ayant conduit à la capture du président Nicolás Maduro. Selon les analystes, cette simultanéité ne serait pas fortuite et traduirait une volonté de Pyongyang d’envoyer un message clair à Washington.
L’état-major sud-coréen a indiqué avoir détecté le lancement de plusieurs projectiles, présumés être des missiles balistiques, aux alentours de 7h50 locales. Le ministère japonais de la Défense a pour sa part confirmé la détection d’un missile, précisant qu’il était retombé en mer sans causer de dommages. Shinjiro Koizumi, le ministre japonais de la Défense, a immédiatement condamné ces essais, les qualifiant de “menace absolument intolérable” pour la paix régionale et internationale.
Ce nouvel épisode de tirs missiles janvier 2021 survient dans un contexte international particulièrement tendu. La veille, les forces spéciales américaines ont mené une opération au Venezuela aboutissant à l’arrestation et à l’extradition du président Maduro, accusé par Washington de « narcoterrorisme ». Cet événement, qualifié par le président Donald Trump de nécessaire pour une « transition sûre », a été vivement dénoncé par plusieurs capitales et semble avoir résonné comme un avertissement à Pyongyang.
En effet, la Corée du Nord a régulièrement accusé les États-Unis de nourrir des plans de renversement du régime à son encontre. « Cela reflète probablement l’importante pression que Pyongyang ressent face à la situation au Venezuela », analyse Hong Min, chercheur à l’Institut coréen pour l’unification nationale. Il ajoute : « Bien que les spécifications du missile doivent être vérifiées, le message sous-jacent est probablement qu’attaquer la Corée du Nord ne serait pas aussi facile que de frapper le Venezuela. » Le régime de Kim Jong-un entendrait ainsi démontrer sa capacité de dissuasion et sa résolution à répondre à toute menace perçue.
Ces tensions États-Unis Corée du Nord, latentes depuis l’échec des sommets de Hanoï et de Stockholm, trouvent un nouvel écho dans cette démonstration de force. Lee Il-kyu, ancien diplomate nord-coréen ayant fait défection, a exprimé sur les réseaux sociaux l’espoir que son ancien pays « tirera au moins une leçon des choix, décisions et actions récentes des États-Unis ». Cette prise de parole illustre la perception d’une ligne rouge franchie par Washington, susceptible de radicaliser la posture de Pyongyang.
Par ailleurs, cet essai a eu lieu à quelques heures seulement du départ du président sud-coréen Lee Jae-myung pour Pékin, où il doit rencontrer son homologue chinois Xi Jinping. La Chine, alliée traditionnelle et principal soutien économique de la Corée du Nord, est un acteur clé dans toute tentative de reprise du dialogue. Séoul espère que l’influence de Pékin pourra apaiser les essais militaires Nord-Coréens et faciliter une reprise des pourparlers.
Cette démonstration s’inscrit dans une accélération notable des activités militaires nord-coréennes ces derniers mois. Le dirigeant Kim Jong-un a personnellement supervisé une série de tests, visité des sites de production d’armement et ordonné une augmentation massive des capacités de fabrication. La visite, rapportée samedi par l’agence officielle KCNA, d’une usine produisant des armes tactiques guidées, où il a exigé une augmentation de la production de 250%, en est la parfaite illustration. L’objectif affiché est de développer une force de frappe précise et redoutable.
Les analystes y voient une stratégie multidimensionnelle : perfectionner l’arsenal national, exercer une pression sur Séoul et Washington, et peut-être tester la fiabilité de systèmes en vue d’éventuels transferts vers des partenaires comme la Russie. Le timing est également lié à la politique intérieure, alors que le premier congrès du Parti des travailleurs en cinq ans doit se tenir prochainement. Ce rassemblement crucial devrait définir les grandes orientations, tant économiques que militaires, du pays pour les années à venir. Les récents essais militaires Nord-Coréens pourraient ainsi servir à consolider l’unité nationale et à présenter une image de puissance incontestée à la veille de ce conclave.
En définitive, ces tirs de missiles, bien que n’étant pas une première, marquent un début d’année particulièrement agité dans la péninsule coréenne. Ils soulignent la volonté de Pyongyang de ne pas rester en marge des secousses géopolitiques mondiales et de réaffirmer sa doctrine de dissuasion par la force. Alors que la communauté internationale est absorbée par d’autres crises, la Corée du Nord rappelle qu’elle reste un acteur imprévisible et déterminé, capable d’utiliser ses capacités balistiques comme un instrument de dialogue, ou de confrontation, avec le reste du monde. La balle est désormais dans le camp de Washington et de ses alliés pour décider de la suite à donner.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
