La zone de santé de Ruzizi, en territoire d’Uvira dans le Sud-Kivu, est en proie à une inquiétante recrudescence de cas de choléra. Les derniers chiffres font état de quatre décès sur 182 personnes atteintes, un bilan qui alerte les autorités sanitaires locales et fait craindre une propagation incontrôlée.
Comment une maladie dont la prise en charge est bien connue peut-elle redevenir une menace aussi rapidement ? Les foyers se concentrent principalement dans les aires de santé de Ndunda, Kigurwe et Rusabagi, avec Ndunda signalé comme l’épicentre de cette nouvelle vague. Cette situation soulève des questions cruciales sur la résilience du système de santé local face aux maladies hydriques.
L’infirmier titulaire de la zone de santé de Ruzizi a tiré la sonnette d’alarme : les équipes sur le terrain sont sévèrement limitées en intrants essentiels. Imaginez un combattant se présentant sur le front sans armes ni munitions ; c’est le défi quotidien auquel sont confrontés les agents de santé. Sans kits de réhydratation, sans solution de chloration pour l’eau et sans moyens de prévention adéquats, contenir l’épidémie de choléra relève du défi. Cette pénurie crée un terreau fertile pour que la maladie gagne d’autres aires de la zone de Ruzizi, voire déborde sur les territoires voisins.
Cette flambée intervient dans un contexte particulièrement fragile : celui du retrait de Médecins Sans Frontières (MSF) de la région il y a six mois. L’organisation humanitaire avait annoncé la fin de sa mission à Uvira, précisant dans un communiqué du 25 juillet que son départ signifiait l’arrêt de la prise en charge spécialisée des patients atteints de choléra à l’Hôpital général de référence d’Uvira. MSF justifiait cette décision par l’atteinte des objectifs médicaux fixés initialement. Cependant, la réalité sur le terrain semble démontrer que le système de santé local, débordé et sous-équipé, peinait à absorber la totalité des activités laissées vacantes par cette ONG de premier plan.
Qu’est-ce que le choléra au juste ? Il s’agit d’une infection intestinale aiguë causée par une bactérie, le *Vibrio cholerae*. Sa transmission est directement liée à l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés. Dans des régions comme Uvira, où l’accès à l’eau potable et à l’assainissement reste un défi majeur, la maladie trouve un terrain de propagation idéal. Les symptômes initiaux – diarrhées et vomissements sévères – peuvent conduire à une déshydratation extrême en quelques heures, et sans traitement rapide par réhydratation, au décès. Les enfants et les personnes âgées sont les plus vulnérables.
Face à cette situation, la Division provinciale de la santé du Sud-Kivu n’a pas encore officiellement communiqué sur les mesures d’urgence envisagées pour faire face à cette crise dans la zone de santé de Ruzizi. Ce silence alimente les inquiétudes des populations et des personnels soignants en première ligne, qui redoutent une aggravation rapide de la situation dans les prochains jours.
Que faire alors pour se protéger et protéger sa famille ? La prévention reste l’arme la plus efficace contre le choléra. Les recommandations sont claires : consommer uniquement de l’eau traitée ou bouillie, se laver systématiquement les mains avec du savon avant de manger et après être allé aux toilettes, et éviter la consommation d’aliments crus ou mal cuits vendus dans la rue. Ces gestes barrières, simples en apparence, sont pourtant capitaux pour briser la chaîne de transmission de la bactérie.
La recrudescence du choléra à Uvira, dans le Sud-Kivu, agit comme un révélateur des faiblesses structurelles du système de santé. Elle pose la question cruciale de la transition entre l’aide humanitaire d’urgence et le renforcement durable des capacités locales. Le départ d’acteurs comme MSF ne doit pas signifier un retour en arrière dans la lutte contre des maladies que l’on sait pourtant prévenir et soigner. La communauté, les autorités sanitaires et les partenaires techniques doivent impérativement se mobiliser pour éviter que cette épidémie, encore circonscrite à quelques aires de santé, ne se transforme en une crise sanitaire de plus grande ampleur dans toute la région.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
