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RDC au Conseil de sécurité ONU : un retour stratégique pour la paix à l’Est

Plus de trois décennies après y avoir siégé pour la dernière fois, la République démocratique du Congo réintègre, en ce début d’année 2026, le cercle restreint des membres non permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette élection, obtenue en juin 2025 avec un soutien massif de 183 voix sur 187, marque un tournant majeur pour la diplomatie congolaise. Elle intervient à un moment critique, alors que l’Est du pays est en proie à une recrudescence de violences que Kinshasa qualifie sans ambages de « guerre d’agression » menée par le Rwanda. Ce mandat 2026-2027 est-il la clé pour enfin voir appliquer les résolutions internationales et rétablir une paix durable ?

Ce retour sur la scène diplomatique la plus prestigieuse n’est pas une première, mais il revêt une signification particulière. La RDC avait déjà siégé au Conseil au début des années 1980 et 1990. Aujourd’hui, son retour s’inscrit dans un contexte géopolitique radicalement différent, marqué par la complexité des conflits dans la région des Grands Lacs. En prenant place aux côtés d’autres nouveaux membres comme le Bahreïn, la Lettonie, la Colombie et le Liberia, la délégation congolaise hérite d’une responsabilité immense : porter la voix d’un pays en crise, mais aussi, plus largement, celle des préoccupations du continent africain, comme l’a affirmé la ministre des Affaires étrangères Thérèse Wagner.

L’objectif de Kinshasa est clair et directement lié à l’actualité brûlante de ses provinces orientales. Les autorités entendent utiliser ce siège pour maintenir la pression internationale sur Kigali et le groupe armé AFC/M23. La pierre angulaire de cette stratégie est la résolution 2773, adoptée par le Conseil en février 2025. Ce texte, voté à l’unanimité, exige le retrait des combattants du M23 et le départ des forces rwandaises présentes sur le sol congolais. Pour Kinshasa, obtenir un siège au sein même de l’instance qui a produit cette résolution est une opportunité unique d’en surveiller et d’en accélérer l’application, une tâche qui s’était avérée ardue depuis l’extérieur.

Mais quelle portée réelle peut avoir ce siège ? Les défis sont de taille. Le Conseil de sécurité est un théâtre où se croisent et s’affrontent en permanence les priorités globales. Comme l’explique Christian Moleka, coordinateur de la Dynamique des politologues de la RDC, la « question congolaise » doit désormais rivaliser pour l’attention des membres permanents avec d’autres crises majeures, des tensions au Venezuela à l’instabilité persistante au Moyen-Orient. Le risque d’un agenda international surchargé, reléguant le conflit à l’Est de la RDC au second plan, est bien réel. La mission de la délégation congolaise consistera donc à une vigilance et un plaidoyer constants pour empêcher que ce dossier ne disparaisse de la table des discussions.

Ce mandat offre également à la diplomatie congolaise un levier au sein du « groupe 3A », qui rassemble les trois membres non permanents africains du Conseil (le Liberia, la Somalie – qui assure la présidence en janvier 2026 – et désormais la RDC). Auparavant, Kinshasa peinait parfois à faire entendre ses positions face à la réticence de ce groupe. En en faisant partie intégrante, le pays espère désormais influer de l’intérieur sur la dynamique africaine au Conseil et construire des alliances plus solides pour défendre ses intérêts. C’est un changement de posture fondamental : de pays demandeur, la RDC devient acteur à part entière des décisions.

Le retour de la RDC comme membre non permanent du Conseil de sécurité est bien plus qu’un simple succès protocolaire. C’est un outil stratégique que Kinshasa compte mobiliser pour tenter de inverser le cours d’un conflit qui mine sa stabilité depuis des décennies. L’enjeu sera de transformer cette position institutionnelle en actions concrètes sur le terrain. La crédibilité de la diplomatie congolaise et, surtout, l’espoir de paix pour des millions de Congolais de l’Est, se joueront en partie dans les couloirs feutrés du siège des Nations unies à New York au cours de ce mandat 2026-2027. Le monde observera si cette voix retrouvée parvient à se faire entendre dans le concert souvent discordant des grandes puissances.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net

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