La tension palpable dans le chef-lieu du Lualaba révèle les failles structurelles d’un secteur crucial pour l’économie congolaise. La grogne des exploitants, qui a dégénéré en violences ayant fait deux morts et plusieurs blessés, souligne l’extrême sensibilité de toute régulation touchant à l’exploitation minière artisanale RDC. Cette activité, souvent décrite comme le « poumon informel » de la province, fait vivre directement des milliers de familles et alimente un écosystème économique complexe.
À la source du malaise, un arrêté ministériel portant suspension des activités de traitement et de commercialisation des minerais issus de la filière artisanale cupro-cobaltifère. Perçu initialement comme une mesure d’arrêt général, il a immédiatement suscité l’inquiétude et la colère parmi les creuseurs artisanaux et les négociants. Le président provincial du RENEMICO, Mutra Mutunda, n’a pas tardé à alerter sur les conséquences sociales dramatiques d’un « arrêt brutal » d’activités qui constituent souvent le seul revenu de nombreuses communautés.
Face à l’escalade, le ministère des Mines a dépêché une commission d’apaisement à Kolwezi. Son chef, Franck Fwamba, s’est employé à désamorcer la tension creuseurs artisanaux en apportant une clarification essentielle : l’arrêté ne vise pas l’exploitation artisanale elle-même, ni ne suspend les coopératives minières. « L’artisanat n’a pas été interdit, les coopératives n’ont pas été arrêtées », a-t-il martelé, précisant que la mesure cible exclusivement « certaines entités de traitement non conformes ». Cette distinction est capitale, mais suffira-t-elle à ramener la confiance ?
La mission de cette commission ministère mines est délicate. Elle doit expliquer une décision technique dans un contexte émotionnel chargé, tout en réaffirmant la volonté gouvernementale de réformer le secteur conformément au Code minier. L’enjeu est de taille : comment assainir et formaliser la filière sans précipiter dans la précarité des dizaines de milliers de travailleurs qui en dépendent ? La réponse à cette question déterminera la stabilité socio-économique de toute la région du secteur minier Lualaba.
Cette crise illustre le double défi auquel fait face la RDC : maximiser les revenus de ses ressources minières tout en garantissant des conditions décentes et légales pour la main-d’œuvre artisanale. L’arrêté mines Kolwezi, mal compris, a agi comme un révélateur des fragilités d’un modèle où l’informel domine. Le gouvernement tente désormais de rectifier le tir par la pédagogie, mais les récentes violences prouvent que le temps de la compréhension est compté. La réforme promise devra impérativement inclure un volet social robuste et des mécanismes de transition pour éviter que les mesures d’assainissement ne se transforment en facteur d’appauvrissement et d’instabilité.
L’avenir immédiat du bassin de Kolwezi se joue dans la capacité des autorités à dialoguer avec les acteurs de terrain. La commission devra convaincre que la protection du « secteur légal », invoquée par Franck Fwamba, n’est pas un prétexte pour exclure, mais bien une condition pour pérenniser l’activité et en partager les bénéfices plus équitablement. Dans une économie mondiale avide de cobalt et de cuivre, la régulation de la première ligne de production, souvent artisanale, reste le chaînon le plus critique et le plus politique de toute la chaîne de valeur.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
