La fin annoncée de la gratuité des soins prénatals et de l’accouchement en République démocratique du Congo (RDC) constitue un recul sanitaire majeur, susceptible d’affecter des centaines de milliers de femmes et de nouveau-nés. Cette mesure, initialement mise en place pour lutter contre la mortalité maternelle et infantile, est aujourd’hui remise en cause par des difficultés de financement et de logistique. Quelles seront les conséquences pour les familles congolaises, et comment éviter un retour en arrière dramatique ?
Le programme de gratuité de la maternité, pierre angulaire de la Couverture Santé Universelle (CSU) en RDC, avait pour objectif de garantir un accès universel aux consultations prénatales, aux accouchements assistés et aux soins postnataux. En supprimant la barrière financière, il visait à encourager les femmes à se rendre dans les structures de santé, réduisant ainsi les risques de complications mortelles. Son interruption, même partielle, pourrait anéantir des années de progrès.
Les causes de cette suspension sont multifactorielles. Les retards chroniques dans le remboursement des prestataires de santé par l’État ont créé une situation de crise de trésorerie pour de nombreux hôpitaux et centres de santé. Imaginez une maternité qui doit payer son personnel, ses médicaments et son équipement, mais qui attend depuis des mois le paiement des actes gratuits qu’elle a réalisés. Cette situation est intenable et conduit inévitablement à la suspension du service. Par ailleurs, dans certaines régions en proie à l’insécurité, comme l’Est du pays, la logistique d’approvisionnement et la continuité des services sont encore plus compromises.
Les conséquences médicales directes sont alarmantes. La première menace est un retour massif aux accouchements à domicile, sans assistance médicale qualifiée. Ces accouchements « traditionnels » exposent les mères à des hémorragies, des infections et des fistules obstétricales, et les nouveau-nés à l’asphyxie ou à des infections néonatales. La mortalité maternelle en RDC, déjà l’une des plus élevées au monde, pourrait connaître une nouvelle hausse. Les soins prénatals gratuits permettaient également de dépister et de prendre en charge des conditions comme la pré-éclampsie, le paludisme ou le VIH chez la femme enceinte. Sans eux, ces pathologies ne seront plus détectées à temps.
Sur le plan économique, le fardeau retombe sur les familles, souvent les plus démunies. Le coût d’un accouchement à l’hôpital, même modeste, peut représenter plusieurs mois de revenus pour un ménage rural. Confrontées à ce choix, de nombreuses femmes reporteront ou renonceront aux soins, avec les risques que l’on connaît. C’est un cercle vicieux : la pauvreté aggrave la santé, et la mauvaise santé appauvrit davantage.
Que faire face à cette situation préoccupante ? La solution ne réside pas dans l’abandon pur et simple de la gratuité, mais dans sa consolidation. Il est urgent de sécuriser un financement pérenne, par exemple via une ligne budgétaire spécifique et protégée dans le budget de l’État, ou en diversifiant les sources de financement avec l’appui des partenaires techniques et financiers. La transparence dans la gestion et la redistribution des fonds est également cruciale pour restaurer la confiance des prestataires.
Parallèlement, il faut renforcer les capacités des structures de santé : équiper les maternités, former le personnel et garantir la disponibilité des médicaments et des intrants essentiels. Des campagnes de sensibilisation doivent continuer à encourager les femmes à fréquenter les centres de santé, même dans un contexte où la gratuité est menacée, en soulignant l’importance vitale des soins professionnels.
En conclusion, la suspension de la gratuité de la maternité en RDC n’est pas une simple question administrative ; c’est une question de vie ou de mort pour des milliers de personnes chaque année. Protéger la santé des mères et des enfants, c’est investir dans l’avenir du pays. Il est impératif que le gouvernement, la société civile et les partenaires internationaux trouvent rapidement des solutions pour préserver cet acquis fondamental de la Couverture Santé Universelle. La santé des Congolaises ne doit pas être une variable d’ajustement budgétaire.
Article Ecrit par Amissi G
Source: https://www.africanews.com/country/democratic-republic-of-congo/?utm_source=chatgpt.com
