Au cœur de Matadi, le marché Stade de la commune de Mvuzi n’est plus que l’ombre de lui-même. Ce qui fut jadis un pôle commercial florissant du Kongo Central ressemble aujourd’hui à un champ de ruines, où vendeurs et clients naviguent entre flaques d’eau et détritus. Comment en est-on arrivé à cette situation alarmante qui met en danger la santé publique et l’économie locale ?
La toiture, véritable passoire, laisse passer les eaux de pluie sans retenue. « Chaque averse transforme notre lieu de travail en marécage », témoigne Marie, vendeuse de légumes depuis quinze ans. « L’eau s’infiltre partout, détériorant nos marchandises et rendant les allées glissantes et dangereuses. Les clients préfèrent désormais aller ailleurs ».
L’insalubrité à Matadi atteint des niveaux critiques dans cet espace commercial. Les étals effondrés contraignent les commerçants à exposer leurs produits directement sur le sol boueux. Cette pratique, imposée par le délabrement du marché Kongo Central, expose les denrées alimentaires à toutes les contaminations. Comment peut-on encore vendre des produits comestibles dans de telles conditions ?
L’absence d’infrastructures sanitaires basiques aggrave le tableau. Aucune latrine fonctionnelle, pas de système de collecte des déchets. Les ordures s’accumulent dans les coins, dégageant une puanteur insupportable qui se répand dans tout le quartier. Les conditions des vendeurs du marché relèvent du calvaire quotidien. « Nous travaillons entourés de mouches et de mauvaises odeurs », se désole un boucher. « Beaucoup d’entre nous souffrent de problèmes respiratoires et cutanés ».
La réhabilitation du marché en RDC devient une question de survie pour des centaines de familles. La fréquentation ne cesse de baisser, menaçant directement les moyens de subsistance de ceux qui dépendent de cette activité commerciale. Les commerçants se sentent abandonnés par les autorités municipales et urbaines. « Nous avons multiplié les appels à l’aide, mais rien ne change », déplore un ancien du marché.
Le délabrement du marché Stade pose une question fondamentale sur la place accordée aux infrastructures commerciales dans le développement urbain. Jusqu’à quand laissera-t-on pourrir un tel lieu de vie et d’échanges ? La situation actuelle reflète-t-elle la valeur que notre société accorde aux petits commerçants et à la salubrité publique ?
La réhabilitation du marché dans cette région du Kongo Central représenterait bien plus qu’une simple opération de rénovation. Elle symboliserait la reconnaissance du rôle essentiel des petits commerces dans l’économie locale et le respect dû aux travailleurs qui y gagnent honorablement leur vie. Les conditions des vendeurs sur ce marché interpellent la conscience collective sur l’urgence d’agir.
Alors que la crise persiste, les commerçants continuent de résister, espérant un geste des autorités compétentes. Mais jusqu’à quand devront-ils attendre avant de voir leur lieu de travail redevenir digne et sécurisé ? L’insalubrité à Matadi, particulièrement dans ce marché autrefois prospère, n’est-elle pas le symptôme d’un plus grand malaise dans la gestion des infrastructures publiques ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
