À quelques jours de la rentrée scolaire, le marché Feu-Rouge de Bukavu présente un visage inhabituellement morose. Les allées, d’ordinaire bondées de parents affairés, sont désormais clairsemées. Les étals de fournitures scolaires se font plus discrets, et l’ambiance fébrile caractéristique de cette période a cédé la place à une inquiétante tranquillité.
« Nous sommes là, mais les clients viennent au compte-gouttes. Les cahiers ne partent pas comme d’habitude », confie Nsimire, vendeuse au marché de Feu-Rouge, le regard préoccupé fixé sur ses marchandises immobiles. Son témoignage reflète une réalité économique alarmante qui frappe de plein fouet les commerçants et les familles du Sud-Kivu.
Derrière cette absence de clients se cache une détresse bien plus profonde. Comment préparer une rentrée scolaire lorsque tout a été perdu ? De nombreuses familles ont vu leurs biens partir en fumée lors des récents incendies, tandis que d’autres, déplacées par les conflits, luttent pour survivre au quotidien. « Nous allons retourner à l’école, mais je n’ai pas assez de moyens. C’est compliqué », murmure un élève finaliste, résumant le dilemme de milliers d’écoliers.
Dans les rues de Bukavu, les vendeurs ambulants tentent vainement d’écouler leurs articles scolaires. Leurs offres restent sans écho face à la précarité généralisée. « Les effets scolaires, on n’en a pas encore. Certains élèves ont perdu leurs maisons dans les incendies, ils n’ont rien », explique un parent désemparé. La question qui hante tous les esprits : où trouver l’argent nécessaire pour assurer l’éducation des enfants dans un contexte aussi délétère ?
La société civile locale dresse un constat sans appel. Barthélémy Mwambusa, acteur engagé, observe : « À quelques jours de la rentrée, nous lisons le désespoir et la tristesse des parents, surtout parmi les déplacés ». Son analyse met en lumière l’impact disproportionné de la crise sur les populations vulnérables, ces familles déracinées qui tentent de reconstruire leur existence dans des conditions extrêmement précaires.
Face à cette situation critique, l’Association nationale des parents et élèves (ANAPECO) se mobilise. Augustin Batandi, président de l’ANAPECO Sud-Kivu, lance un appel pressant : « Nous avons accepté que les enfants regagnent l’école ce 1er septembre, mais la guerre complique tout : beaucoup de parents sont réfugiés. Vu la situation, nous demandons aux autorités et aux partenaires de venir en aide aux élèves, notamment en fournitures scolaires ».
Malgré ce contexte morose, une lueur d’espoir persiste. Plusieurs écoles de Bukavu affirment être prêtes à accueillir les élèves conformément au calendrier du ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et technique. Les responsables ont procédé aux derniers réglages pour la reprise des cours, déterminés à maintenir le cap de l’éducation malgré les tempêtes.
La rentrée scolaire à Bukavu se présente donc comme un défi multidimensionnel : économique pour les commerçants, social pour les familles, humanitaire pour les déplacés, et politique pour les autorités. Comment garantir le droit fondamental à l’éducation dans un contexte de crise prolongée ? La réponse à cette question engage l’avenir de toute une génération d’élèves du Sud-Kivu.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd