Les établissements de santé de Butembo viennent de franchir un cap décisif dans la lutte contre la pénurie de produits sanguins qui affecte la région. L’Hôpital général de Katwa, l’Hôpital de référence secondaire de Matanda et le Centre hospitalier Mukuna Sainte-Famille viennent d’être équipés de sites avancés de prélèvement sanguin, une initiative du Centre de transfusion sanguine local destinée à sauver des vies.
Mais pourquoi cette mesure est-elle si cruciale pour la population du Nord-Kivu ? La réponse se trouve dans le contexte sécuritaire particulièrement volatile de la région. Comme l’explique le Dr Crutial Kambale Visangi, responsable local du Centre de transfusion sanguine, « les donneurs de sang se font de plus en plus rares alors que notre région compte un nombre croissant de malades ayant besoin de transfusions ».
Cette situation paradoxale s’explique par l’insécurité persistante qui règne dans la ville et ses environs. Les conflits armés et les massacres ont créé une double problématique : augmentation des besoins en transfusion et diminution des dons volontaires. Comment en effet encourager les citoyens à donner leur sang lorsqu’ils doivent composer avec la peur et l’instabilité au quotidien ?
La sécurité transfusionnelle à Butembo représente donc un défi de taille. Les nouveaux sites de prélèvement visent précisément à contourner ces obstacles en rapprochant le service des donneurs potentiels. Plutôt que d’attendre que la population se déplace vers le centre principal, ce sont désormais les infrastructures médicales qui viennent à eux.
Cette approche proactive pourrait-elle inverser la tendance observée depuis un an ? Rappelons qu’il y a exactement douze mois, le Centre de transfusion sanguine de Butembo faisait face à une pénurie sévère de produits sanguins, directement liée au manque de donneurs. Une situation critique qui mettait en danger la vie de nombreux patients nécessitant des interventions urgentes.
Les hôpitaux de Butembo traitent quotidiennement des cas complexes : femmes accouchant avec complications, victimes de violences, patients souffrant de paludisme sévère ou d’anémie profonde. Pour tous ces malades, l’accès à une transfusion sanguine sécurisée représente souvent la différence entre la vie et la mort.
Le Dr Visangi réaffirme d’ailleurs la volonté du centre de « garantir la disponibilité de donneurs bénévoles », soulignant que le don de sang volontaire et non rémunéré reste la pierre angulaire d’un approvisionnement sûr et durable. Mais comment convaincre les habitants de Butembo de franchir le pas dans un contexte aussi troublé ?
La réponse pourrait résider dans une combinaison de mesures : sensibilisation accrue, meilleure information sur les procédures de don, et surtout, renforcement de la confiance dans le système de santé local. Les autorités sanitaires devront également travailler à sécuriser l’accès aux sites de prélèvement, condition sine qua non pour rassurer les potentiels donneurs.
Alors que la région du Nord-Kivu continue de faire face à des défis multiples, cette initiative représente une lueur d’espoir pour les milliers de patients dépendant des transfusions sanguines. Reste à savoir si elle suffira à endiguer une crise sanitaire qui, comme les conflits armés qui l’ont engendrée, semble malheureusement loin de trouver une résolution définitive.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net