Alors que la cloche de la rentrée scolaire devrait retentir le 1er septembre 2025 sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo, un silence inquiétant plane sur les écoles du territoire de Kalehe, au Sud-Kivu. Comment les salles de classe pourraient-elles accueillir des élèves lorsque ceux qui doivent y enseigner ne perçoivent plus leur salaire depuis juin dernier ?
La situation des enseignants non payés au Sud-Kivu prend une tournure critique, menaçant directement le bon déroulement de l’année scolaire. Le gouvernement, par le biais de la CARITAS, n’aurait effectué aucun versement depuis trois mois, plongeant le corps enseignant dans une précarité alarmante. Cette crise de l’éducation en RDC n’est malheureusement pas un cas isolé, mais elle illustre les défis structurels auxquels fait face le système éducatif congolais.
Bahati Matabaro, président de l’Intersyndicale des enseignants de Kalehe, ne mâche pas ses mots pour décrire la détresse de ses collègues. « Comment voulez-vous qu’un enseignant motivé arrive devant ses élèves quand il ne sait même pas comment nourrir sa propre famille ? » Cette question rhétorique résume à elle seule le dilemme auquel sont confrontés des centaines d’éducateurs dans la région.
Les conséquences de ce non-paiement des salaires des enseignants au Congo dépassent largement le cadre professionnel. Dans les ménages, c’est la débrouille quotidienne. « Beaucoup de mes collègues doivent choisir entre acheter de la craie pour l’école ou du pain pour leurs enfants », témoigne un instituteur sous couvert d’anonymat. Cette situation intenable pousse certains à envisager d’abandonner l’enseignement pour des activités plus rémunératrices, au risque de provoquer une pénurie d’éducateurs qualifiés.
Le territoire voisin de Shabunda connaîtrait des difficultés similaires, confirmant que le problème dépasse le cadre local pour revêtir une dimension provinciale. Les enseignants, excédés par ces retards répétés, menacent désormais de boycotter la rentrée scolaire si leurs arriérés de salaire ne sont pas réglés dans les plus brefs délais.
Le mécanisme de paiement via la CARITAS, qui devait faciliter la gestion des salaires, montre aujourd’hui ses limites. Les enseignants s’interrogent : ce système est-il véritablement efficace ? Pourquoi les fonds destinés à l’éducation mettent-ils autant de temps à parvenir à leurs destinataires ?
Cette crise des salaires des enseignants au Sud-Kivu intervient dans un contexte où l’éducation congolaise tente péniblement de se relever après des années de conflits et de sous-investissement. Les classes surchargées, le manque de matériel pédagogique et les infrastructures délabrées constituent déjà autant d’obstacles au droit fondamental à l’éducation. Le non-paiement des enseignants risque de porter le coup de grâce à un système déjà fragile.
Quelles solutions envisager pour éviter une rentrée scolaire blanche dans ces territoires ? La réponse des autorités provinciales et nationales se fait attendre, tandis que le compte à rebours vers le 1er septembre continue de tourner. L’avenir de milliers d’élèves congolais se joue peut-être dans cette capacité à résoudre rapidement cette crise des salaires des enseignants.
La question dépasse le simple cadre administratif : il s’agit de la crédibilité même du système éducatif congolais et de l’engagement de l’État à garantir le droit à l’éducation pour tous les enfants. Le paiement des enseignants par la CARITAS devra faire l’objet d’un audit sérieux pour identifier les blocages et éviter que de telles situations ne se reproduisent.
Alors que la RDC aspire à se positionner comme leader régional, l’éducation reste le pilier fondamental de tout développement durable. Negliger ceux qui en sont les artisans principaux reviendrait à compromettre les ambitions de toute une nation.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net