« Je passe parfois une heure dans les embouteillages pour atteindre l’hôpital avec mon enfant malade. Les nids-de-poule et les gravats rendent la route impraticable », témoigne Marie K., mère de famille résidant près de l’avenue Pigalle à Matadi. Ce cri du cœur résume le calvaire vécu par des milliers de citoyens du lotissement Kinkanda, confrontés à l’enlisement des travaux de bétonnage de cet axe vital. Lancé en décembre 2024 pour moderniser la voie reliant le rond-point RTNC à l’Hôpital général de Kinkanda, ce projet ambitieux devait s’achever en trois mois. Cinq mois après son interruption brutale en février 2025, seulement 800 mètres sur le kilomètre prévu ont été réalisés.
Le tronçon inachevé, situé précisément à l’approche de l’Hôpital provincial, transforme chaque trajet en parcours du combattant. Les camions de chantier abandonnés côtoient des monticules de terre et de gravier, tandis que les mototaxis slaloment entre les obstacles. « Quand il pleut, cette portion devient un marécage. Les ambulances restent bloquées », dénonce un infirmier sous couvert d’anonymat. Une situation qui interroge sur la gestion des fonds publics et le suivi des projets d’infrastructure au Kongo-Central.
Derrière les désagréments quotidiens se profile un enjeu socio-économique majeur. L’avenue Pigalle constitue l’artère nourricière de plusieurs institutions clés : la maternité provinciale, l’école Mgr Kembo et le centre commercial informel de Kinkanda. « Nos clients renoncent à venir depuis que les travaux ont commencé sans s’achever », se lamente Joséphine M., vendeuse de produits alimentaires. Les commerçants déplorent une baisse de 40% de leur chiffre d’affaires selon une estimation locale.
Les autorités provinciales restent muettes sur les causes de cette paralysie. Entre les lignes du budget initial et la réalité du terrain, se devine pourtant un cocktail explosif de mauvaise planification et de dysfonctionnements administratifs. « Comment expliquer qu’un projet de trois mois traîne depuis huit mois sans résultat ? », s’insurge un cadre de la société civile, exigeant un audit transparent. Certains habitants soupçonnent même un détournement de fonds, alimentant la défiance envers les institutions.
Cette impasse révèle une fracture plus profonde dans la gouvernance urbaine. Alors que Matadi ambitionne de devenir un pôle économique régional, l’abandon de chantiers stratégiques mine sa crédibilité. « Chaque jour d’immobilisme aggrave le désenclavement de nos quartiers périphériques », analyse un urbaniste local. Le raccordement au pont Maréchal, élément clé du plan de mobilité urbaine, reste ainsi compromis par ces retards.
Face à cette inertie, la résistance citoyenne s’organise. Des collectifs d’habitants ont entamé un recensement des impacts sanitaires et économiques. « Nous remettrons prochainement un memorandum au gouverneur de province », annonce leur porte-parole. Une course contre la montre s’engage avant la prochaine saison des pluies, qui risque d’anéantir les travaux déjà réalisés.
Ce fiasco pose une question fondamentale : jusqu’à quand les populations paieront-elles le prix des promesses non tenues ? Alors que la RDC s’apprête à lancer de grands projets nationaux, l’avenue Pigalle sonne comme un avertissement. La crédibilité des engagements publics se joue autant dans les mégachantiers que dans ces réalisations locales, vitales pour le quotidien des Congolais.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
