Comment un pays qui détient plus de la moitié des réserves d’eau douce du continent peut-il voir une grande partie de sa population privée d’un accès sûr à cette ressource vitale ? C’est le paradoxe criant auquel veulent s’attaquer des parlementaires et hauts fonctionnaires congolais, qui viennent de s’engager à mobiliser des financements massifs pour le secteur de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement (EHA). Cette résolution, prise lors d’une réunion cruciale à Kinshasa le 12 mars, vise à inverser une tendance aux conséquences sanitaires alarmantes.
Le constat dressé par les participants est sans appel. Malgré le fleuve Congo et ses innombrables affluents, le taux d’accès à l’eau potable ne dépasse pas 54% à l’échelle nationale. La situation est encore plus critique pour l’hygiène (24%) et l’assainissement amélioré (à peine 17%). Ces chiffres, présentés par Antoine Lumonadio, secrétaire exécutif du Comité national d’action de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement (CNAEHA), illustrent un déficit d’investissement structurel. Pourtant, une mobilisation financière accrue est identifiée comme le levier principal pour changer la donne et honorer les engagements internationaux de la RDC, notamment ceux pris lors de la réunion de Madrid en 2025.
Mais pourquoi cet accès à l’eau potable et à un assainissement amélioré est-il si crucial pour le Congo ? La réponse se trouve dans les hôpitaux et les centres de santé. Antoine Lumonadio le souligne avec force : des taux d’accès aussi faibles sont un terreau fertile pour les maladies hydriques, comme le choléra, la typhoïde ou les diarrhées aiguës, qui touchent particulièrement les enfants. Investir dans l’EHA, c’est donc investir dans la prévention des épidémies et alléger le fardeau qui pèse sur le système de santé. C’est une question de santé publique avant d’être une simple question d’infrastructure.
L’objectif de la rencontre était clair : créer une synergie d’actions entre les décideurs politiques et les partenaires techniques et financiers. Les secrétaires généraux et députés nationaux présents se sont ainsi engagés à jouer un rôle d’interface et de facilitation pour attirer les bailleurs et partenaires du gouvernement. Leur rôle sera de plaider pour une allocation budgétaire nationale plus conséquente et de veiller à une meilleure coordination des projets sur le terrain, pour éviter la dispersion des efforts et des ressources.
La voie à suivre semble tracée, mais elle demande une volonté politique soutenue. Il ne s’agit plus seulement de constater le problème, mais de mettre en œuvre des solutions concrètes et financées. L’amélioration des taux d’accès passera par des projets d’adduction d’eau en milieu rural et périurbain, la construction de latrines appropriées et des campagnes continues de promotion de l’hygiène. Chaque point de pourcentage gagné représente des milliers de vies protégées et un pas de plus vers le développement humain.
En définitive, cette initiative marque une prise de conscience salutaire. Elle replace la question de l’eau, bien commun par excellence, au cœur des priorités nationales. La réussite de cette mobilisation pour l’eau et l’hygiène ne se mesurera pas seulement en kilomètres de canalisations posées, mais dans la réduction tangible de la morbidité liée à l’eau insalubre. Le défi est immense, mais l’engagement affiché à Kinshasa ouvre une perspective réaliste pour que la richesse hydrique congolaise profite enfin, de manière équitable et sûre, à l’ensemble de sa population. L’avenir sanitaire du pays en dépend largement.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
