Le stade des Martyres retentit encore de ce cri de victoire. En 2002, d’un geste précis et lourd de conséquences, JC Tshama Mwana Mbuyi inscrivait son nom en lettres d’or dans l’histoire du FC Saint-Éloi Lupopo. Son but face à l’AS Vita Club offrait aux Cheminots leur dernier sacre national, un moment de gloire dont l’écho résonne encore aujourd’hui. Dans une interview exclusive accordée à Foot RDC, relayée par Congo Quotidien, l’ancien attaquant, mythique porteur du dossard 15, se confie avec franchise et passion. Loin des pelouses professionnelles, reconverti dans le commerce mais toujours habité par le ballon rond, il dresse un bilan sans fard de son parcours et livre une analyse percutante de l’état du football congolais.
« J’ai commencé ma carrière à Lubumbashi Sport depuis mon plus jeune âge », raconte-t-il, évoquant ses premiers pas. Des catégories de jeunes jusqu’aux seniors, c’est dans ce creuset qu’il a forgé son talent, avant de rejoindre le grand rival, le FC Saint-Éloi Lupopo, vers l’an 2000. Un transfert qui allait sceller son destin. L’époque était à la fièvre, marquée par de grandes rivalités devenues légendaires. « C’était très émotionnel. À cette époque, il y avait de grandes rivalités entre les clubs : TP Mazembe, FC Saint-Éloi Lupopo, DC Motema Pembe et AS Vita Club. C’étaient de grands matchs et il fallait se préparer sérieusement », se souvient-il, les yeux sans doute brillants à l’évocation de ces batailles épiques.
Mais au sommet, il y a ce but. Ce but du sacre en 2002. S’y attendait-il ? « Je m’y attendais parce que c’est le rôle d’un attaquant », répond-il avec la simplicité des grands compétiteurs. « Quand on est attaquant, on doit marquer et réaliser des exploits pour son équipe et j’étais là pour ça. » Une phrase qui résume à elle seule l’état d’esprit d’un buteur-né, toujours prêt à assumer la pression des moments décisifs. Ce jour-là, il a transformé l’essai, offrant à tout un club et à sa ville une joie indélébile.
Aujourd’hui, en observateur avisé, JC Tshama Mwana Mbuyi pose un regard lucide sur son club de cœur, qui peine depuis deux décennies à renouer avec la gloire. Son diagnostic est clair : « FC Saint-Éloi Lupopo reste une grande équipe, mais il manque aux joueurs la hargne de vaincre. » Pour lui, le talent est là, l’encadrement aussi, mais c’est la mentalité qui doit évoluer. « Ils doivent être déterminés et avoir conscience de la compétition qu’ils disputent. Il faut beaucoup de courage et de combativité. » Un conseil qui vaut pour tout le football congolais, dont il estime malgré tout que le niveau « est quand même bon », saluant la progression de plusieurs formations cette saison.
Pourtant, l’ancien footballeur de Lubumbashi ne mâche pas ses mots lorsqu’il aborde les problèmes structurels. Son analyse du football congolais touche un point sensible : l’organisation. « Cela fait longtemps que notre championnat n’arrive pas à son terme et cela fait régresser le niveau des joueurs », déplore-t-il, pointant du doigt les dysfonctionnements chroniques de la Linafoot. Ces problèmes d’organisation ont, selon lui, des conséquences directes et dramatiques, comme l’illustre l’absence de joueurs locaux lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations. « Nous avons de bons joueurs à l’étranger, mais il y en a aussi de très bons qui évoluent au pays. Il faut aussi encadrer nos jeunes talents et leur donner la chance. » Un cri du cœur qui résonne comme un appel urgent à une meilleure gestion et valorisation du vivier local.
Lui qui a eu un bref passage en équipe nationale (« deux fois », précise-t-il) garde un souvenir mitigé de cette expérience, évoquant des problèmes d’organisation et « des histoires de rétro-commissions ». Une époque où, dit-il, les joueurs ne pouvaient compter que sur leur propre savoir-faire, sans soutien solide. Cette expérience nourrit aujourd’hui sa volonté de transmission. « Aujourd’hui, nous donnons des conseils aux jeunes : comment jouer, comment se déplacer sur le terrain et surtout comment marquer. » Une mission qu’il remplit avec d’autres anciens au sein de l’ACL, l’organisation des anciens joueurs de Lubumbashi, en disputant des matchs de vétérans chaque dimanche.
Après une carrière qui l’a aussi mené au Zimbabwe, JC Tshama Mwana Mbuyi a raccroché les crampons professionnels chez les Fantômes de Scom Mikishi. Mais l’homme n’a pas quitté le football. Il y puise toujours du plaisir, cette motivation première qui l’animait. Et si une carrière d’entraîneur lui a traversé l’esprit, c’est aujourd’hui dans le rôle de sage, de commerçant et de passionné qu’il contribue à l’écosystème footballistique de Lubumbashi. Son histoire est un pont entre un âge d’or révolu et un avenir à construire. Alors que le FC Saint-Éloi Lupopo cherche toujours son chemin vers un nouveau sacre, la voix de celui qui a su le faire vibrer il y a 22 ans reste plus pertinente que jamais. Le football congolais saura-t-il écouter ses anciens pour enfin se relever ?
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: footrdc.com
