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RDC : La révision constitutionnelle, une « indécence criminelle » en pleine guerre ?

Alors que la République Démocratique du Congo traverse une période de turbulences multidimensionnelles, la classe politique semble engagée dans un débat aussi clivant que périlleux : la révision constitutionnelle. Ce lundi, les positions se sont durcies, avec le mouvement citoyen Lucha qualifiant cette ambition de l’Union sacrée d’« indécence criminelle ». Une critique cinglante qui met en lumière le fossé abyssal entre les priorités affichées par le pouvoir et les urgences ressenties par la population. Faut-il, en effet, ouvrir un chantier constitutionnel alors que l’intégrité territoriale du pays est mise à mal par les groupes armés à l’Est ? La question, rhétorique pour certains, résume le malaise profond qui traverse la nation.

Sur le front sécuritaire, un événement notable a pourtant eu lieu dans le territoire de Rutshuru. L’AFC-M23 a procédé à la remise au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de plus de cinq mille soldats des FARDC capturés sur différents fronts. Cette cérémonie, tenue à Rumangabo, est présentée par la rébellion comme un geste de bonne foi dans le cadre du processus de paix de Doha. Cependant, l’initiative est teintée d’accusations réciproques. L’AFC-M23 reproche à Kinshasa de refuser de libérer ses propres détenus et de violer le cessez-le-feu. Cette remise de soldats capturés par l’AFC M23 constitue-t-elle une avancée réelle ou un simple coup de communication dans un conflit qui s’enlise ? La réponse dépendra de la capacité des parties à transformer ce geste en momentum pour des négociations substantielles.

Pendant ce temps, à des centaines de kilomètres de là, une autre crise, plus sourde mais tout aussi violente, frappe les citoyens ordinaires. La route nationale 1, artère vitale reliant Kikwit à Kinshasa, est paralysée par au moins dix barrières illégales RN1. Tenues par des agents de la police, de l’armée et d’autres services, ces points de contrôle fantômes rançonnent les chauffeurs sans quittance ni document. Symphorien Kwengo, vice-président de la société civile du Kwango, témoigne de « perceptions illégales, des contrôles abusifs, des retards injustifiés ». Cette hémorragie économique et cette violence institutionnalisée illustrent l’État prédateur qui ronge le pays de l’intérieur, tandis que les grands discours sur la souveraineté résonnent à Kinshasa.

La capitale n’est d’ailleurs pas épargnée par l’insécurité. Face à la multiplication des enlèvements à Kinshasa ciblant notamment les usagers des VTC, le ministère provincial des Transports a annoncé un train de mesures régulatrices. Identification formelle des véhicules, QR code obligatoire, carte professionnelle et géolocalisation en temps réel : le dispositif, qui entrera en vigueur le 23 mars, vise à assainir un secteur devenu hautement risqué. Si l’intention est louable, sa mise en œuvre dans un contexte de faible contrôle étatique pose question. Les kidnappeurs opérant via les VTC trouveront-ils simplement d’autres failles ?

Au sein même des institutions, les fractures s’accentuent. La pétition visant Bahati Lukwebo, deuxième vice-président du Sénat, a franchi un cap avec 37 signatures recueillies, selon son initiateur Dany Kabongo. Ce mouvement de défiance interne est symbolique des tensions qui traversent la majorité présidentielle. Le groupe AFDC-A au Sénat a d’ailleurs pris ses distances avec son chef, Lukwebo, désavouant sa sortie médiatique contre la révision constitutionnelle en RDC et l’invitant à « tirer les conséquences politiques qui s’imposent ». Cette fronde parlementaire, qui coïncide avec la rentrée des chambres prévue le 15 mars, pourrait fragiliser encore davantage la cohésion de l’Union sacrée, déjà mise à l’épreuve par les ambitions contradictoires de ses membres.

Dans ce paysage éclaté, les déclarations des acteurs politiques résonnent comme des coups de canon. Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, a martelé samedi : « La Constitution sera coûte que coûte touchée. » Une détermination qui contraste avec le cri d’alarme de la Lucha, pour qui engager le pays dans un tel chantier en pleine guerre relève de l’erreur politique absolue. Le pouvoir joue-t-il un poker menteur avec les fondements de l’État, misant sur une réforme pour consolider son assise tandis que les bases matérielles de la nation s’effritent ?

Les prochains jours seront décisifs. L’ouverture de la session parlementaire marquera le véritable début des hostilités politiques sur la révision constitutionnelle et le dépôt de la pétition contre Bahati Lukwebo. Le sort des soldats libérés et l’efficacité des mesures contre les barrières illégales et les enlèvements seront autant de tests pour la crédibilité du gouvernement. Entre les ambitions de réécriture de la loi fondamentale et la dure réalité d’un territoire sous tension, la classe politique congolaise marche sur une corde raide. La chute, si elle devait survenir, risquerait d’être aussi brutale que les crises qu’elle prétend résoudre.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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