La terre a de nouveau tremblé à Rubaya. Ce lundi 9 mars, un nouveau glissement de terrain est venu lacérer les flancs déjà meurtris de cette cité minière du territoire de Masisi, dans la province du Nord-Kivu. Sous l’assaut des pluies diluviennes, le sol s’est littéralement dérobé, emportant sur son passage plusieurs habitations et réduisant en miettes les biens laissés derrière par des habitants en fuite. Une fois de plus, la nature rappelle sa force destructrice dans une région déjà exsangue.
Le quartier touché a été le théâtre d’une course contre la montre. Aux premiers craquements sinistres et aux premiers mouvements de terrain, les riverains ont fui, instinct de survie oblige. Cette réaction salvatrice, fruit d’une expérience tragiquement acquise, semble avoir épargné des vies humaines ce jour-là. Un répit amer dans une longue série de drames. Mais derrière ce bilan humain provisoirement épargné se cache une autre réalité, tout aussi criante : celle de familles entières jetées sur les chemins, leurs vies réduites à un amas de boue et de gravats. La communauté se retrouve confrontée à un exil intérieur, sans toit, sans repères, dans l’attente d’un secours toujours incertain.
Cet éboulement à Rubaya n’est malheureusement pas un incident isolé. Il s’inscrit dans une séquence macabre qui frappe cette zone minière depuis le mois de février. Au moins quatre glissements de terre ont été recensés en quelques semaines seulement. Les trois précédents épisodes, bien plus meurtriers, auraient coûté la vie à plusieurs centaines de personnes, principalement des creuseurs artisanaux pris au piège de leur propre recherche de survie économique. La région porte les stigmates d’une exploitation intense et souvent anarchique, où la quête des minerais précieux se fait au prix d’un équilibre environnemental gravement compromis. Les pluies, de plus en plus intenses et erratiques, achèvent de déstabiliser des sols fragilisés par l’activité humaine, transformant les collines en pièges mortels.
Pourtant, dans ce tableau déjà sombre, une ombre supplémentaire plane : celle de l’insécurité. Comment établir un bilan précis des dégâts matériels et humains lorsque l’accès aux zones sinistrées est entravé ? Plusieurs sources locales font état d’une situation compliquée par la présence des rebelles du M23, qui contrôleraient la zone. Leur interdiction d’accès à certains sites des catastrophes précédentes constitue un obstacle majeur pour les acteurs humanitaires et communautaires tentant d’évaluer l’ampleur réelle du désastre et de porter assistance aux survivants. Cette opacité est un poison. Elle empêche toute réponse coordonnée, laisse les populations dans un vide anxiogène et entretient un climat de suspicion qui profite à personne, sauf peut-être à l’indifférence.
Cette catastrophe à Masisi, en RDC, pose ainsi une question fondamentale : jusqu’à quand ? Jusqu’à quand les populations de Rubaya et des autres cités minières vivront-elles sous la double épée de Damoclès de l’instabilité géologique et de l’instabilité sécuritaire ? Les dégâts matériels, aussi importants soient-ils, peuvent être réparés. Mais la confiance érodée, la résilience mise à rude épreuve et le sentiment d’abandon, comment les reconstruit-on ? Les acteurs locaux ont entamé un dénombrement des ménages affectés, un premier pas nécessaire. Mais cela suffira-t-il face à l’urgence d’une protection civile digne de ce nom et d’une gouvernance minière qui place la sécurité humaine et environnementale au cœur de ses priorités ? Le sol de Rubaya glisse, et avec lui, la possibilité d’un avenir serein pour ses habitants. Il est plus que temps d’y remédier.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
