Dans un climat politique déjà tendu, les récentes déclarations d’André Mbata, député national et secrétaire permanent de l’Union sacrée de la nation, lors d’une interview accordée au magazine Jeune Afrique, ont provoqué une onde de choc au sein de l’opposition. Le secrétaire général de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECIDé), le professeur Devos Kitoko, a riposté vigoureusement, qualifiant ces propos de pure diversion destinée à masquer les échecs du camp présidentiel. Cette joute verbale met en lumière les fractures profondes qui minent le paysage politique congolais, alors que se profile le crucial dialogue national et les élections de 2028.
André Mbata, dans ses échanges avec Jeune Afrique, a notamment pris pour cible les confessions religieuses, initiateurs pressentis du dialogue inclusif face à la crise multidimensionnelle que traverse la République Démocratique du Congo. “L’État est laïque !”, a-t-il lancé, estimant que l’organisation d’un tel cadre revient au président de la République et non aux institutions religieuses. Une position qui, selon l’ECIDé, ne serait qu’une manœuvre pour détourner l’attention des citoyens. Le professeur Kitoko rétorque en effet que “quand on échoue à convaincre le peuple de changer la Constitution, on invente des polémiques”. Cette référence à la révision de la constitution de 2006, chère à l’Union sacrée et au président Félix Tshisekedi, touche au cœur du débat politique actuel. Mais cette stratégie de diversion est-elle vraiment efficace, ou ne fait-elle qu’exacerber les tensions à l’approche des élections de 2028 ?
Le véritable enjeu, pour l’ECIDé et son leader Martin Fayulu, dépasse la simple polémique. Dans un communiqué cinglant, le professeur Kitoko a souligné que “le seul engagement du Président Martin Fayulu avec ECiDé/Lamuka est de défendre sans compromission les intérêts du peuple congolais et l’intégrité territoriale de la RDC”. Une déclaration qui sonne comme un rappel à l’ordre face aux tentatives de récupération politique. André Mbata, de son côté, avait pourtant vanté les mérites de Martin Fayulu, évoquant une rencontre avec Félix Tshisekedi en juin 2025 et une “même bataille contre l’ancien régime”. Une narration que l’ECIDé rejette catégoriquement, y voyant une instrumentalisation grossière de son combat démocratique.
S’agissant du dialogue national, dont la tenue bute sur la question des facilitateurs, l’ECIDé privilégie un cadre garantissant “la cohésion nationale, le rétablissement de la paix et les élections de 2028”. Le professeur Kitoko met de côté les querelles de protagonisme pour se concentrer sur l’essentiel : “Le vrai débat n’est pas de savoir qui parle avec qui, mais comment rétablir la paix, protéger la cohésion nationale, organiser un dialogue national inclusif et garantir des élections crédibles en 2028.” Une position qui contraste avec l’intransigeance affichée par Kinshasa sur ce point. André Mbata joue-t-il ici le rôle de l’éclaireur pour tester la résistance de l’opposition, ou sa sortie médiatique révèle-t-elle une faiblesse stratégique au sein de l’Union sacrée ?
Les implications politiques de cette controverse sont loin d’être anodines. En attaquant les confessions religieuses, André Mbata fragilise potentiellement les acteurs traditionnels de médiation, au moment où le pays a le plus besoin de consensus. L’ECIDé, en réponse, se pose en gardien des principes démocratiques, appelant à “avoir pitié de nos concitoyens déplacés, réfugiés, sans nourriture et sans perspective d’avenir”. Un appel humanitaire qui met en lumière le décalage entre les manœuvres politiciennes et les urgences quotidiennes de la population. La bataille pour le récit national est ainsi engagée, chaque camp tentant de capitaliser sur les frustrations pour les élections de 2028.
En conclusion, cette polémique entre André Mbata et l’ECIDé n’est pas qu’un épisode de plus dans la vie politique congolaise. Elle révèle les lignes de fracture qui pourraient déterminer l’issue du dialogue national et la crédibilité du processus électoral à venir. Alors que la RDC est à la croisée des chemins, la classe politique saura-t-elle dépasser les accusations mutuelles pour prioriser l’intérêt général ? Les propos d’André Mbata, qu’ils soient perçus comme une diversion ou une provocation, auront au moins eu le mérite de remettre sur la table les véritables enjeux : la paix, la justice, et l’avenir d’une nation en quête de stabilité. Le prochain test de maturité démocratique se jouera dans la capacité à organiser un dialogue national inclusif et des élections de 2028 acceptées par tous, sans lequel les distractions politiques ne feront qu’aggraver les crises.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
