Dans un discours prononcé ce samedi 7 mars 2026 devant les militants de l’UDPS, le président intérimaire du parti, Augustin Kabuya, a lancé un pavé dans la mare politique congolaise en annonçant que la Constitution de 2006 serait « touchée ». Cette déclaration, lourde de sens, ouvre une brèche dans un débat institutionnel longtemps considéré comme tabou. Selon le numéro un de l’UDPS, ce texte fondamental, conçu dans le contexte post-transition pour apaiser d’anciens belligérants, serait aujourd’hui obsolète et inadapté aux réalités politiques et institutionnelles du pays. Cette prise de position audacieuse place le parti au pouvoir au cœur d’un processus de révision constitutionnelle RDC potentiellement explosif, soulevant immédiatement une question cruciale : le pouvoir actuel est-il prêt à ouvrir une boîte de Pandore dont il ne maîtriserait pas les conséquences ?
La Constitution de 2006, pierre angulaire de la Troisième République, a longtemps été présentée comme un rempart contre le chaos. Augustin Kabuya, en en pointant les supposées faiblesses, remet en cause un compromis historique. Son argument repose sur l’idée que le texte a été taillé sur mesure pour satisfaire les acteurs d’une époque révolue, entravant ainsi l’émergence d’institutions fortes et modernes. Cette vision, si elle est partagée par une frange de la majorité, pourrait signifier le lancement d’un processus de réforme long et périlleux. Le président intérimaire de l’UDPS joue ici un rôle de provocateur stratégique, testant les limites du débat public et la réaction de l’opposition, mais aussi des partenaires internationaux attachés à la stabilité du pays. Cette initiative de révision constitutionnelle RDC n’est-elle pas, en filigrane, une manœuvre pour consolider un modèle de gouvernance et préparer l’avenir politique du parti au-delà du mandat en cours ?
Parallèlement à cette offensive sur le front institutionnel, Augustin Kabuya a dévié son tir vers le champ sociétal, dénonçant avec virulence ce qu’il qualifie de campagnes malveillantes. Il a pris la défense de l’évêque de Mbuji-Mayi, Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda, dont l’origine kasaïenne est, selon lui, injustement mise en avant de manière obsessionnelle. « Pourquoi cette insistance sur ses origines, quand celles d’autres responsables religieux ne sont pas évoquées avec la même acrimonie ? », semble-t-il interroger. Cette défense, qui s’apparente à un plaidoyer contre le régionalisme, sert aussi à rappeler l’influence de l’Église dans l’échiquier politique congolais. En pointant du doigt ces dynamiques, le responsable de l’UDPS tente de repositionner son parti en gardien d’une certaine unité nationale, tout en discréditant des critiques qu’il estime instrumentalisées.
La charge ne s’est pas arrêtée là. Kabuya a fustigé avec une ironie mordante la « méchanceté » de certaines attaques dans le débat public, visant notamment une photo montrant l’abbé Donatien Nshole aux côtés de l’ancienne première dame, Olive Lembe Kabila. Pour lui, ces polémiques futiles alimentent inutilement les tensions et détournent l’attention des vrais enjeux. Cette critique sous-entend que l’espace public congolais est empoisonné par des logiques de diffamation et de diversion, nuisant à la sérénité nécessaire au débat démocratique. En adoptant cette posture, Augustin Kabuya se pare des atours d’un moraliste politique, tout en désamorçant potentiellement des critiques adressées à ses propres alliés. Cette stratégie de communication est-elle le signe d’une volonté de contrôler le récit national en période de fortes turbulences sociales et économiques ?
L’intervention d’Augustin Kabuya dessine ainsi les contours d’une stratégie politique à multiples facettes. D’un côté, une ouverture vers une réforme constitutionnelle majeure, présentée comme une modernisation nécessaire mais qui pourrait déstabiliser l’équilibre des pouvoirs. De l’autre, une défense offensive de figures religieuses et une condamnation des dérives du débat public, visant à consolider une base morale et unitaire. Ces deux axes révèlent les préoccupations de l’UDPS à un moment charnière : consolider son hégémonie politique tout en gérant les fractures sociales et régionales. La politique congolaise, avec ses complexités, semble à nouveau se jouer sur un échiquier où les pièces institutionnelles et identitaires sont déplacées avec une grande prudence tactique.
Quelles seront les répercussions de ces déclarations ? La simple évocation d’une révision de la Constitution 2006 va inévitablement enflammer les débats parlementaires et susciter la méfiance de l’opposition, qui y verra une tentative de verrouillage du pouvoir. Quant à la défense des clercs, elle pourrait soit apaiser certaines tensions communautaires, soit au contraire être perçue comme une ingérence du politique dans les affaires religieuses. Augustin Kabuya, en positionnant l’UDPS à l’avant-garde de ces batailles sémantiques et institutionnelles, prend un risque calculé. L’avenir nous dira si cette audace renforcera l’emprise du parti sur la vie nationale ou si elle ouvrira la voie à de nouvelles contestations, dans un pays où l’équilibre des forces reste toujours précaire. Le débat sur la révision constitutionnelle RDC vient, en tout état de cause, d’être officiellement relancé, et ses implications pour la démocratie congolaise seront scrutées à la loupe.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
