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Elima-NoBody à Kinshasa : l’art sans auteur unique, une révolution collective

Entre les murs du Musée d’Art Contemporain et Multimédia de Limete, niché dans la Tour de l’Échangeur, une onde de silencieuse révolution artistique prend forme. Du 13 mars au 1er mai 2026, l’exposition Elima-NoBody, conçue par le duo transnational Christ Mukenge et Lydia Schellhammer, invite à une plongée introspective dans les méandres de la création partagée. Ici, la peinture n’est plus un champ de bataille d’ego mais un territoire de fusion, où les gestes s’emmêlent jusqu’à dissoudre toute prétention à l’origine unique. L’art contemporain Kinshasa se pare ainsi d’une nouvelle audace, interrogeant avec une grâce conceptuelle les fondements mêmes de l’acte créateur.

Le titre, bilingue, agit comme un premier manifeste. Elima, ce terme lingala chargé d’une sagesse ancestrale, évoque un état de connaissance et de conscience collective. Le philosophe et artiste Christ Mukenge rappelle comment ce mot, autrefois porteur de lumière, a vu son sens se tordre sous le poids de l’histoire coloniale pour être parfois associé à des énergies néfastes. Face à lui, Nobody, ce « personne » en anglais, offre le paradoxe d’une insignifiance qui libère. En les unissant, Mukenge et Schellhammer ne juxtaposent pas deux cultures ; ils tissent un langage nouveau, un espace de résistance et de renaissance où l’identité se déploie dans l’entre-deux. Leur exposition Elima-NoBody est bien plus qu’un parcours visuel ; c’est une expérience transculturelle qui questionne notre rapport à la mémoire, au corps et à la communauté.

Le cœur battant de cette démarche réside dans une pratique picturale radicale : une création à quatre mains, simultanée, où les couleurs et les formes naissent d’un dialogue incessant. Depuis une décennie, Christ Mukenge Lydia Schellhammer développent cette symbiose artistique, effaçant délibérément toute trace de paternité individuelle. Leurs toiles deviennent le fruit d’une entité hybride, d’un « nous » créateur qui transcende le « je ». « Ce que nous faisons est au-delà de nous-mêmes », confie Lydia Schellhammer, soulignant comment l’œuvre, en naissant de ce frottement permanent, acquiert une autonomie mystérieuse. Cette quête d’une auctorialité collective résonne comme un écho aux réflexions du grand penseur congolais Valentin-Yves Mudimbe, qui s’interrogeait sur la possibilité d’une œuvre sans créateur unique.

Cette remise en question de la figure sacro-sainte de l’artiste-genie s’enracine également dans le terreau fertile de la scène kinoise. Le projet puise son souffle dans le Partagisme, ce mouvement né à Kinshasa en 2014, fondé sur le verbe « partager » et érigé en théorie de la création collective. Christ Mukenge en explique l’essence : une pratique radicalement collective, née de la collaboration entre artistes et étudiants de l’Académie des Beaux-Arts. Dans l’exposition, cet héritage dialogue avec une vision occidentale plus attachée à la signature individuelle, créant un fertile champ de tension. Pour la commissaire Nadia Ismail, cette démarche volontaire qui brouille les identifications constitue une proposition audacieuse, ouvrant un espace de dialogue inédit entre les traditions.

Que nous disent donc ces œuvres, nées de la confluence de deux subjectivités ? Elles racontent la beauté d’une dépossession assumée. Elles célèbrent la corporéité non comme un véhicule de l’individu, mais comme un instrument au service d’une narration plus large. Les installations, performances et recherches conceptuelles présentées au Musée d’Art Contemporain Limete ne sont pas de simples objets à contempler, mais les traces palpables d’un processus relationnel. Chaque toile est un territoire de négociation, chaque geste peint un acte de confiance. Cette exposition, soutenue par le Goethe-Institut, devient ainsi un laboratoire où s’expérimente une nouvelle éthique de la création, à la fois locale et globale, intime et universelle.

En définitive, Elima-NoBody est bien plus qu’un événement dans l’agenda culturel congolais. C’est un geste philosophique, une proposition esthétique qui invite à repenser les cadres hérités. Dans une époque souvent marquée par l’individualisme forcené, le duo Mukenge/Schellhammer offre une voie alternative : celle d’une sagesse collective retrouvée, d’un « elima » contemporain où le savoir et la création redeviennent des biens communs. Leur travail, à la croisée des disciplines et des continents, dessine les contours d’un art libéré de l’obsession de l’auteur, pour mieux embrasser la richesse du commun. N’est-ce pas là l’une des missions les plus urgentes de l’art aujourd’hui ?

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd

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Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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