Le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, est de nouveau le théâtre d’un basculement militaire aux conséquences stratégiques majeures. Dans la soirée du jeudi 26 février, les villages de Chugi, Katobo et Kaniro, situés dans la chefferie des Bahunde, sont retombés sous le contrôle des rebelles de l’AFC/M23. Ce changement de main fait suite à des affrontements d’une rare violence ayant opposé les insurgés aux groupes d’autodéfense locaux, les wazalendo.
Ces agglomérations, conquises par les wazalendo il y a à peine quatre jours, constituent des verrous essentiels pour l’accès à la cité minière stratégique de Rubaya. Leur perte représente un revers significatif pour les forces loyalistes. Selon plusieurs sources administratives et sécuritaires locales, les wazalendo ont dû se replier face à une offensive rebelle appuyée par d’importants renforts en hommes et en moyens. Cette manœuvre illustre la capacité de l’AFC/M23 à projeter rapidement sa force dans la zone du Nord-Kivu et à reprendre l’initiative.
La reprise de ces localités confirme une intensification inquiétante des combats dans cette partie du Masisi. Depuis près d’une semaine, cette zone est devenue l’épicentre d’affrontements répétés. Des mouvements de troupes et des renforts ont été signalés de part et d’autre, indiquant une préparation à des engagements prolongés. La volonté des rebelles de consolider leurs positions autour de Rubaya ne fait plus guère de doute, posant la question de la sécurité future de cette localité économiquement vitale pour la région.
Au stade actuel, aucun bilan officiel n’a été communiqué concernant les pertes humaines ou les dégâts matériels. Toutefois, des témoignages recueillis auprès d’habitants font état d’échanges de tirs nourris et de bombardements ayant plongé la population civile dans la panique. Les civils, une fois de plus, paient le prix fort de ces fluctuations du front dans le conflit armé en RDC. Ces affrontements à Masisi rappellent la volatilité extrême de la situation sécuritaire dans l’est du pays.
Cette nouvelle évolution sur le terrain fait craindre une escalade rapide des violences armées dans l’ensemble du territoire. Si les combats se poursuivent ou s’étendent vers d’autres localités voisines, une nouvelle vague de déplacements massifs de population est à redouter. Les axes en direction de Rubaya, de Nyabiondo ou vers d’autres zones supposées plus sûres pourraient être rapidement submergés. Le spectre d’une crise humanitaire aiguë plane sur une région déjà extrêmement fragilisée.
Le territoire de Masisi, en effet, est marqué par des déplacements répétés de population ces derniers mois. Chaque reprise des combats contraint des familles entières à fuir dans la précipitation, abandonnant leurs biens, leurs récoltes et leurs moyens de subsistance. Cette dynamique aggrave une situation socio-économique déjà précaire et accentue la pression sur les organisations humanitaires présentes dans la région. La capacité de résilience des communautés est mise à rude épreuve par la récurrence des cycles de violence.
La situation à Chugi, Katobo et Kaniro soulève des interrogations cruciales sur la suite des opérations. L’AFC/M23 va-t-elle tenter de pousser son avantage vers Rubaya ? Les wazalendo, souvent en première ligne de ces affrontements dans le Masisi, parviendront-ils à se réorganiser et à contenir cette poussée rebelle ? La réponse à ces questions déterminera le visage de la région dans les prochains jours. La communauté internationale suivra-t-elle ces développements avec l’attention qu’ils méritent, alors que le conflit armé en RDC continue de faire des ravages ?
Pour l’instant, les populations des villages concernés vivent dans l’incertitude et la crainte. La reprise de ces positions par l’AFC/M23 au Nord-Kivu n’est pas qu’un simple fait d’armes ; elle redessine la carte des influences et des vulnérabilités dans une zone riche en ressources mais pauvre en paix durable. L’urgence est désormais à la protection des civils et à la prévention d’une catastrophe humanitaire dont les signes avant-coureurs sont malheureusement bien connus dans l’est de la République Démocratique du Congo.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
