La terre se dérobe sous les pieds des habitants de Mbanza-Lemba. Depuis 2020, une érosion monstrueuse ronge ce quartier de la commune de Lemba, à Kinshasa, transformant des avenues entières en cicatrices béantes. La pluie diluvienne du 20 février dernier a donné un coup d’accélérateur fatal au phénomène, propulsant le ravin jusqu’aux portes d’un centre de santé. À deux mètres seulement de la maternité, le gouffre avance, inexorable, symbolisant l’abandon criant d’une population face aux dérèglements environnementaux.
Comment en est-on arrivé là ? Le quartier Lemba érosion est aujourd’hui un champ de ruines. Des maisons entières ont été aspirées par le sol, contraignant des familles à un exode forcé. Sur l’avenue Limete, le spectacle est apocalyptique : des habitants, résignés, démontent leurs propres demeures pour sauver tôles, portes et fils électriques. Les coups de marteau résonnent dans un silence de mort, ponctuant le paysage d’une localité meurtrie. « C’est une avenue. L’érosion était très loin d’ici », s’étonne encore Monsieur Jean, l’un des derniers à tenir bon. Ses voisins, dont les biens reposent sous des tonnes de terre, sont éparpillés dans des familles d’accueil ou des églises. Leur vie a basculé en un instant.
Cette Kinshasa catastrophe naturelle n’est pourtant pas une fatalité. Pour le docteur Willy Mazita, responsable du centre de santé Union Médicale, la source du mal est claire : les eaux de ruissellement provenant de l’Université de Kinshasa (UNIKIN). « Cette érosion a avancé suite à la pluie… à cause des eaux qui envahissent fréquemment le marché Mbanza-Lemba », accuse-t-il. Pendant l’averse, la panique a saisi patients et soignants, certains fuyant avec leurs cathéters à la main, leurs plaies béantes à l’air libre. La menace sur ce centre de santé menacé Kinshasa est désormais tangible et imminente.
Face à l’inaction des pouvoirs publics, la colère et la débrouille prennent le relais. Trésor et ses voisins, bêches et sacs en main, tentent désespérément de contenir l’avancée du précipice avec du sable et des bambous. « Des députés sont passés, la première dame aussi avait envoyé ses équipes ici, mais rien n’est toujours fait », déplore-t-il amèrement. Les promesses se sont envolées, laissant les habitants déplacés érosion seuls face à leur destin. L’érosion, en coupant les voies d’accès, isole progressivement toute une communauté.
La racine du mal remonterait à un projet avorté. Selon d’anciens habitants et des observateurs, les travaux d’une route devant relier l’hôpital de Kisenso à l’UNIKIN, initiés sous l’ère Ilunga Ilunkamba, ont été brutalement stoppés. Les fonds auraient été détournés, laissant derrière eux des terrains destabilisés et vulnérables. Cette érosion Mbanza-Lemba est donc le fruit empoisonné de la gabegie et de l’impunité. Les anciens du quartier, revenus sur les lieux, ne reconnaissent plus leur avenue, métamorphosée en un champ de désolation. « Voir ça relève d’un abandon total de la population par l’État », soupire l’un d’eux, la voix chargée d’amertume.
L’urgence est absolue. Chaque nouvelle goutte de pluie rapproche le ravin du centre de santé, mettant en péril des vies déjà fragiles. L’appel du docteur Mazita à la construction d’une digue par les autorités de l’UNIKIN résonne comme une dernière chance. Mais au-delà des mesures palliatives, c’est une politique urbaine cohérente et respectueuse des écosystèmes que réclame Kinshasa. La ville, construite souvent sans planification, paie au prix fort les erreurs du passé.
Combien de maisons devront encore être englouties avant que les sirènes d’alarme ne soient entendues ? Combien de familles devront errer, dépossédées de tout ? L’érosion Mbanza-Lemba n’est pas qu’un simple glissement de terrain ; c’est le symptôme d’une gestion calamiteuse du territoire et un cri d’alerte pour toute la mégapole. Sauver l’avenue Limete, c’est sauver la crédibilité d’un État censé protéger ses citoyens. Le temps n’est plus aux constats, mais à l’action. Avant que la terre ne se referme sur d’autres vies et d’autres espoirs.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
