Huit millions de dollars pour sauver les forêts congolaises. Une goutte d’eau dans un océan de défis. Alors que s’est tenue, ce mardi 25 février à Kinshasa, la VIe réunion du Comité de pilotage du Programme d’Appui à la mise en valeur durable des zones de savanes et de forêts dégradées (PSFD), un constat sévère s’impose : la bataille contre la déforestation en RDC est indissociable d’une révolution agricole. Le ministre d’État à l’Agriculture, Muhindo Nzangi, a lancé un avertissement sans équivoque : sans une transformation radicale des pratiques agricoles, toute tentative de reforestation est vouée à l’échec.
Comment, en effet, espérer restaurer le couvert forestier si le principal moteur de sa disparition n’est pas maîtrisé ? En République Démocratique du Congo, l’agriculture, souvent itinérante et sur brûlis, ronge insatiablement les lisières des forêts. La rencontre du COPIL a placé cette interdépendance fatale au cœur des débats. Muhindo Nzangi agriculture et environnement ne sont plus deux mondes parallèles, mais les deux faces d’un même défi de survie. « La dégradation des forêts a comme acteur principal l’agriculture. On ne peut pas envisager une réponse sur la reforestation ou l’arrêt de cette dégradation si l’agriculture ne joue pas un rôle fondamental », a martelé le ministre. Un discours qui marque un virage stratégique essentiel.
Face à cette urgence, le programme PSFD, déployé dans les provinces du Kwilu et de la Tshopo, tente d’apporter une réponse intégrée. Son ambition ? Lier production et préservation dans un cercle vertueux. Le modèle prôné est celui de l’« agrégation », une approche innovante qui dépasse la simple plantation d’arbres. L’objectif est d’accompagner les communautés locales de la semence à la vente, en passant par la transformation. L’idée est simple dans son principe, complexe dans sa mise en œuvre : permettre aux petits producteurs de café, de cacao ou de palmier à huile de vivre décemment de leur terre, pour qu’ils n’aient plus à étendre leurs parcelles au détriment de la forêt.
Les chiffres annoncés donnent le vertige et illustrent l’ampleur de la tâche. Pour cette année, le gouvernement vise la production de 200 000 plantules de café et cacao, ainsi que 50 000 plantules de palmier à huile par territoire. Un objectif colossal qui nécessite la mise en place de grandes pépinières communautaires. Mais derrière ces nombres se cache une réalité plus amère : le manque criant de moyens. Le budget actuel de 8 millions de dollars est unanimement jugé dérisoire face à l’immensité du territoire à reconquérir et des populations à soutenir.
La forêt en détresse peut-elle attendre que les financements internationaux se débloquent ? Chaque jour perdu accentue la pression sur des écosystèmes vitaux pour l’équilibre climatique régional, voire planétaire. Le PSFD se trouve donc à un carrefour. Il porte en lui les germes d’une agriculture durable en RDC, un modèle où le paysan n’est plus perçu comme un destructeur, mais comme le premier gardien de son environnement. Cependant, sans fonds additionnels rapidement mobilisés, comme l’a recommandé le COPIL, ce modèle risque de rester un beau projet sur le papier.
La conclusion s’impose d’elle-même. Sauver les forêts congolaises, c’est d’abord investir dans ceux qui les cultivent – ou les brûlent. C’est faire le pari d’une agriculture sédentaire, productive et rémunératrice. Le message porté par Muhindo Nzangi est clair : la reforestation au Kwilu et ailleurs ne sera pas un simple acte de plantation, mais le fruit d’une transformation sociale et économique profonde. L’alternative est sombre : continuer à voir les forêts reculer, mètre par mètre, sous la pression d’une nécessité économique immédiate. Le temps de l’agrégation, de l’accompagnement et de l’investissement est venu. Car protéger la forêt, c’est finalement protéger l’avenir de l’agriculture congolaise elle-même.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
