Une nouvelle et vaste offensive des FARDC et des groupes armés alliés a été lancée ce mercredi 25 février sur plusieurs lignes de front dans l’est de la République démocratique du Congo. Cette opération coordonnée marque une rupture flagrante du cessez-le-feu et fait planer le spectre d’une escalade majeure dans une région déjà ravagée par des décennies de conflit.
Les déclarations du président du M23, Bertrand Bisimwa, sont sans équivoque. Le régime de Kinshasa a, selon lui, « foulé aux pieds le cessez-le-feu en déclenchant une offensive généralisée ». Cette attaque, qualifiée de « choix assumé de l’option militaire », s’étendrait sur l’ensemble des zones de contact, voire au-delà. Un silence international dénoncé comme complice contraste, d’après le mouvement rebelle, avec la rapidité des réactions habituelles.
Dans un communiqué séparé, le porte-parole de l’AFC/M23, Lawrence Kanyuka, a précisé les cibles de cette offensive FARDC Nord-Kivu : Rutigita dans le Minembwe, Kitazungura dans le Kalehe, et Rugezi. Ces attaques, utilisant des drones armés et de l’artillerie lourde, auraient causé des pertes humaines et déclenché de nouveaux déplacements de populations civiles, déjà exténuées.
Cette flambée de violence intervient dans un contexte particulièrement tendu, au lendemain de la mort de Willy Ngoma, porte-parole militaire de l’AFC/M23. Celui-ci a été tué lors d’une frappe de drone attribuée aux FARDC près de la mine stratégique de Rubaya, dans le territoire de Masisi. Sa disparition, après celle d’autres cadres, symbolise l’intensification brutale des hostilités. Washington avait d’ailleurs sanctionné Willy Ngoma en 2023 pour son implication présumée dans de graves violations des droits de l’homme.
Sur le terrain, les combats à Masisi ont repris avec une intensité redoublée. Le village de Kibanda, à proximité de Kasopo, a été le théâtre d’affrontements violents opposant militaires congolais et miliciens wazalendo aux combattants du M23. Les détonations d’armes lourdes ont résonné bien au-delà du lieu des combats, semant la panique dans les localités voisines comme Kashebere.
Cette dynamique offensive ne se limite pas à un seul axe. De nouveaux accrochages ont éclaté dans les villages de Lumbishi et Kashovu, dans le secteur de Katoy. Lancée par les wazalendo, cette contre-offensive visait à reprendre des positions perdues. La conséquence est immédiate et tragique : des familles entières fuient vers la brousse ou tentent de se réfugier à Ngungu, aggravant une crise humanitaire déjà catastrophique.
Parallèlement aux combats, une autre forme de pression s’exerce sur les populations. La cité minière de Rubaya subit depuis mardi une coupure totale des télécommunications. Cette coupure télécommunications Rubaya paralyse la vie économique et sociale, coupant les habitants des services essentiels comme le mobile money. Certains sont contraints de parcourir des kilomètres ou d’escalader des collines pour capter un signal. Cette isolation forcée, intervenant après les frappes de drones, est perçue comme une tactique de plus dans un conflit qui n’épargne rien ni personne.
Cette situation soulève des questions cruciales. L’offensive FARDC Nord-Kivu signe-t-elle la fin définitive de toute trêve ? Jusqu’où cette escalade peut-elle conduire dans une région où les groupes armés prolifèrent et les intérêts économiques sont colossaux ? L’absence de réaction forte de la communauté internationale face à cette violation du cessez-le-feu M23 ne risque-t-elle pas d’être interprétée comme un feu vert pour une guerre totale ?
Le bilan, pour l’instant, est celui d’une aggravation dramatique. Les lignes de front sont en feu du Minembwe à Masisi. Les populations civiles, prises en étau, paient le prix le plus lourd, contraintes à fuir ou à survivre dans l’isolement et la terreur. La mort d’un porte-parole haut placé comme Willy Ngoma indique un niveau de confrontation où les cibles deviennent de plus en plus stratégiques. Dans l’est de la RDC, le cycle infernal de la violence vient de franchir un nouveau palais, avec pour seuls gagnants, la souffrance et l’instabilité.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
