Le marché de Kisangani, capitale de la province de la Tshopo en République Démocratique du Congo, est en surchauffe. Une hausse vertigineuse des prix des produits de première nécessité, oscillant entre 40% et 80% selon les denrées, étrangle le pouvoir d’achat des ménages boyomais. Cette inflation galopante transforme l’acte simple de s’alimenter en un défi quotidien, réduisant le panier de la ménagère à sa plus simple expression et plongeant la région dans une crise économique aiguë.
Comment expliquer cette flambée des prix à Kisangani ? Plusieurs facteurs structurels et conjoncturels se conjuguent pour créer une tempête parfaite sur les marchés. L’instabilité énergétique chronique constitue le premier maillon de cette chaîne inflationniste. Les moulins et autres unités de transformation, privés de courant régulier, sont contraints de recourir au carburant pour fonctionner. Ce surcoût énergétique, directement répercuté sur le prix final, alourdit le prix de la farine, de l’huile et de nombreux produits transformés, servant de moteur initial à la hausse.
Deuxième levier puissant : la fluctuation du taux de change. Le dollar américain, monnaie de référence pour la majorité des importations en RDC, voit sa valeur osciller face au franc congolais. Cette instabilité monétaire se traduit par des ajustements constants et le plus souvent à la hausse sur les produits manufacturés et les denrées importées, créant un climat d’incertitude que les commerçants compensent par des majorations préventives. Enfin, le contrecoup cyclique des fêtes de fin d’année a créé une raréfaction temporaire mais sensible de certains stocks, exploitée par certains acteurs pour justifier des augmentations.
Pour la population de la Tshopo, les conséquences sont concrètes et douloureuses. Les témoignages recueillis sur les marchés de Kisangani illustrent une détresse grandissante. « Un gobelet de riz est passé de 1 000 à 1 400 francs congolais. Celui de haricot se vend aujourd’hui entre 1 700 et 1 800 francs alors qu’il coûtait 1 000 il y a peu », déplore une ménagère, résumant le sentiment général d’impuissance. Face à cette spirale, les consommateurs sont forcés de réaliser des arbitrages drastiques entre nourriture, santé et éducation, signe d’un pouvoir d’achat en chute libre.
Cette situation est-elle uniquement le fruit des forces du marché ? Pour les autorités provinciales, un relâchement de la surveillance a également joué un rôle. Roger Mabonane, chef de la Division provinciale de l’Économie de la Tshopo, souligne que le moratoire sur le contrôle des prix, précédemment décidé par la Primature, a laissé un vide propice à certains abus spéculatifs. Face à l’urgence, son service annonce un retour offensif sur le terrain. Dès la semaine prochaine, des contrôles hebdomadaires des prix seront réinstaurés sur l’ensemble des marchés de Kisangani. L’objectif affiché est double : décourager fermement la spéculation et tenter de stabiliser, voire d’infléchir, la courbe des prix pour protéger les ménages.
Cette mesure de contrôle des prix à Kisangani constitue-t-elle une solution durable ? Si elle est nécessaire pour apaiser la crise à court terme et redonner un cadre aux échanges, les analystes économiques rappellent que le remède de fond passe par la résolution des causes profondes. Sans une stabilisation durable du réseau électrique dans la région de Boyoma, les coûts de production resteront volatils. De même, une meilleure maîtrise de la politique monétaire pour limiter l’impact des fluctuations du dollar est cruciale. La crédibilité de l’action publique en matière de régulation économique en RDC se joue aujourd’hui dans la capacité à conjuguer contrôle immédiat et investissements structurels, pour éviter que la hausse des prix ne devienne la norme et n’érode définitivement le tissu social de la Tshopo.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
