Une enveloppe de 3 160 000 dollars américains a été débloquée par le Fonds de cohérence pour soutenir le retour des déplacés et la stabilisation des zones en conflit dans la province de l’Ituri. Ce programme d’urgence, lancé officiellement ce lundi 23 février à Bunia, cible en priorité les territoires de Djugu, Irumu et Mahagi, meurtris par des années de violences communautaires et d’activisme armé. Son objectif est double : faciliter le retour volontaire et sécurisé des populations déplacées et assurer la réinsertion durable des ex-combattants des groupes armés locaux.
La cérémonie de lancement s’est tenue en présence d’autorités provinciales congolaises et de hauts responsables des Nations unies. Elle intervient à un moment critique, alors que la région peine à se relever de cycles de violence récurrents. Ce projet s’inscrit directement dans le cadre du Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (PDDRC-S), un pilier essentiel de la stratégie nationale de paix. Il contribue également à la transition sécuritaire orchestrée par la MONUSCO, dont le retrait progressif exige un transfert de responsabilités robuste.
L’exécution de ce programme ambitieux est confiée à un consortium d’agences onusiennes, placé sous le leadership du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). L’Organisation internationale pour les migrations (OIM), ONU Femmes, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) en sont les partenaires clés. Cette approche coordonnée vise à maximiser l’impact sur le terrain et à éviter les doublons dans des zones d’intervention souvent saturées d’acteurs humanitaires.
Comment ce fonds de cohérence pour la RDC compte-t-il concrètement opérer la stabilisation de l’Ituri ? La réponse repose sur une stratégie intégrée. D’abord, il s’agit d’appuyer les processus de désarmement et de démobilisation en Ituri, en créant des incitations pour que les miliciens déposent les armes. Ensuite, un volet crucial est consacré à la réinsertion socio-économique des ex-miliciens Ituri, offrant des formations et des opportunités génératrices de revenus pour prévenir un retour à la violence.
Axel Kotoga, responsable du bureau du PNUD à Bunia, a détaillé la philosophie du projet. Il a insisté sur la nécessité de travailler main dans la main avec les autorités provinciales pour consolider les efforts existants. « L’objectif premier est de rétablir un climat de sécurité minimal permettant le retour des déplacés Ituri dans leurs villages », a-t-il affirmé. Sans cette sécurité restaurée, tout effort de retour et de réconciliation resterait vain.
Le projet va au-delà de la simple logistique du retour. Il entend promouvoir activement la cohésion sociale entre les communautés d’accueil, souvent exsangues, et les populations de retour. Des espaces de dialogue et des activités communes seront facilités pour panser les plaies de la méfiance. Cette dimension est vitale pour une paix durable. Parallèlement, un accompagnement spécifique sera fourni aux anciens combattants pour leur réintégration, un élément souvent négligé mais pourtant déterminant pour briser les cycles de recrutement armé.
Les attentes sont immenses dans une province où des milliers de familles vivent encore dans des camps de déplacés, dans l’attente d’un signe tangible de paix. Ce financement substantiel du Fonds de cohérence représente-t-il enfin l’élan décisif pour la stabilisation Ituri ? De nombreux observateurs locaux l’espèrent, tout en rappelant les défis colossaux. La persistance de plusieurs groupes armés, la compétition pour les ressources et les traumatismes profonds constituent des obstacles majeurs.
Les activités sur le terrain devront donc être menées avec une grande sensibilité. Le soutien au retour des déplacés devra être conditionné à une évaluation réaliste des risques sécuritaires. De même, la réinsertion des ex-miliciens nécessitera un suivi rapproché pour éviter les rechutes. La réussite de ce programme dépendra en grande partie de l’appropriation par les communautés locales et d’une coordination irréprochable entre tous les intervenants.
À terme, les résultats escomptés pourraient marquer un tournant. Si les conditions d’une paix relative sont créées dans ces trois territoires, un effet d’entraînement sur le reste de la province est envisageable. Le retour des déplacés Ituri dans leurs foyers, associé à la démobilisation effective d’éléments armés, redonnerait une perspective de développement à une région riche en potentialités. Le défi reste de taille, mais l’injection de ces 3,16 millions USD et la méthodologie employée offrent un cadre d’action plus cohérent que jamais.
Le lancement de ce projet illustre une évolution dans l’approche de la stabilisation en RDC : passer d’une réponse purement sécuritaire à une intervention holistique qui traite à la fois les symptômes et les causes profondes des conflits. L’avenir dira si cette initiative du Fonds de cohérence, alliant retour humanitaire, désarmement démobilisation Ituri et renforcement communautaire, parviendra à écrire une nouvelle page, plus apaisée, pour les populations de l’Ituri.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
