Une vague de boue et de désespoir a brutalement frappé le Nord-Kivu. Dimanche dernier, la rivière Talya, habituellement paisible, s’est transformée en un torrent destructeur, submergeant le site stratégique de Mutsora dans le parc national des Virunga. Cette inondation, décrite comme la plus dévastatrice de la décennie, n’est pas qu’un simple aléa météorologique ; elle est le symptôme d’une vulnérabilité accrue face aux dérèglements climatiques, frappant de plein fouet à la fois un joyau de la biodiversité mondiale et les communautés qui l’entourent.
Le tableau est apocalyptique. Des maisons littéralement avalées par les eaux, des économies familiales réduites à néant en quelques heures, des véhicules ensevelis sous la boue. À Mutsora, ce n’est pas seulement du béton et des biens qui ont été détruits, mais des vies entières qui ont été balayées. « Les eaux ont ravagé des maisons et des biens de la population emportés. Ils n’ont plus de maisons et ont même perdu les animaux de basse-cour », témoigne un habitant, la voix chargée d’une détesse palpable. Face à ce désastre, un exode silencieux a commencé, de nombreuses familles sinistrées se réfugiant vers Mutwanga, le coeur lourd, sans savoir vers quel avenir se tourner.
Cette catastrophe naturelle Nord-Kivu transcende le drame humain immédiat pour frapper au coeur de la conservation. Mutsora n’est pas un simple village ; c’est l’une des stations de recherche et de gestion les plus vitales du parc Virunga. Le débordement rivière Talya a paralysé les opérations de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), noyant sous la boue des années de travail et de suivi scientifique. Tragédie suprême, une agente dévouée du parc a perdu la vie dans cette furie des éléments. Comment protéger les derniers gorilles de montagne lorsque les bases logistiques sont anéanties ? Comment mener la lutte contre le braconnage quand les équipes sont elles-mêmes en détresse ?
Les dégâts s’étendent à l’éducation et à la mémoire administrative. Le bureau de l’école primaire de Mutsora a été dévasté, emportant avec lui des archives précieuses, effaçant une part de l’histoire locale. « Que le gouvernement agisse en nous construisant les maisons détruites », implore un autre résident, résumant l’attente d’une population abandonnée à son sort. L’appel est lancé, non seulement pour des abris et de la nourriture, mais pour une reconstruction durable qui tienne compte de la nouvelle réalité climatique.
Cette tragédie à Mutsora sonne comme un avertissement grave. Elle expose la terrible symbiose entre le destin des populations et celui des écosystèmes qu’elles côtoient. Le parc des Virunga, poumon vert de l’Afrique et rempart contre le changement climatique, est aujourd’hui en détresse, et avec lui, les sinistrés Beni RDC qui voient leur avenir sombrer. La réponse ne peut être que systémique : une aide d’urgence pour les familles, un plan de relance pour les infrastructures du parc, et une politique de prévention des risques renforcée. L’inaction n’est plus une option. La rivière Talya, par sa violence, a tracé une ligne de faille ; il appartient désormais aux autorités de la combler par l’action, avant que la prochaine crue n’emporte un peu plus d’espoir.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
