La nuit du 23 février dernier a plongé le village de Nkokwe, en chefferie des Bahunde, dans une spirale de violence et d’insécurité. Au moins dix-neuf familles ont été prises pour cible par un groupe d’hommes armés non identifiés, dans une opération de pillage méthodique qui a duré plusieurs heures. Les assaillants ont fait incursion dans les habitations, semant la panique parmi une population déjà éprouvée par le conflit chronique dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu.
Les témoignages recueillis sur place décrivent une scène de terreur. Des coups de feu, tirés avec des armes légères, ont retenti dans l’obscurité, réveillant les habitants en sursaut. Les détonations ont également jeté l’inquiétude dans l’agglomération voisine de Shasha, où les familles ont redouté une extension des violences. Comment de tels cambriolages Masisi peuvent-ils se dérouler en toute impunité ? Cette question hante désormais les survivants, qui ont vu leurs biens les plus précieux emportés sous la menace des armes.
Le bilan matériel est lourd. Les pillards ont systématiquement dérobé argent, téléphones, et divers effets personnels de valeur. Plus grave encore, plusieurs résidents ont été blessés lors de l’assaut, bien que leurs blessures soient décrites comme légères. Cet incident s’inscrit dans un contexte local particulièrement tendu. Il survient en effet au lendemain d’une distribution d’aide en espèces organisée à Kituva par l’Église du Christ au Congo (ECC) pour les personnes vulnérables. Cette coïncidence troublante interroge sur la planification et les motivations des auteurs de cette attaque armée Nord-Kivu.
Cette nouvelle vague de violence rappelle cruellement les alertes lancées à plusieurs reprises par la société civile. Déjà en janvier, les taximen moto opérant sur l’axe Goma–Masisi–Walikale tiraient la sonnette d’alarme. Ils dénonçaient des pillages répétés et la multiplication des barrières illégales érigées par des hommes armés le long de cette route vitale. Leur porte-parole, Lucien Amani Bitaha, avait publiquement imploré l’État d’intervenir de toute urgence pour mettre fin à ces exactions. Son appel semble, pour l’instant, être resté sans réponse tangible.
La géographie complexe de la zone ajoute une couche de difficulté à toute intervention sécuritaire. Le segment routier concerné se situe dans une zone tampon au statut hybride et instable. D’un côté, une partie du territoire de Walikale est théoriquement sous le contrôle des Forces Armées de la RDC (FARDC) et des groupes d’autodéfense locaux, les Wazalendo. De l’autre, une portion de Walikale et de Masisi reste sous l’occupation des rebelles du M23. Cette ligne de fracture crée un no man’s land propice aux activités criminelles de tous bords, où la population civile paie le prix fort de l’insécurité RDC.
L’événement de Nkokwe n’est malheureusement pas un cas isolé. Il s’agit d’un épisode de plus dans la longue liste des vols violence Congo qui frappent les communautés rurales du Kivu. Ces actes minent la cohésion sociale, entravent le développement économique et perpétuent un cycle de peur et de précarité. Les familles touchées, déjà vulnérables, se retrouvent dépossédées de leurs maigres ressources, anéantissant des mois, voire des années, d’efforts pour survivre.
Face à cette recrudescence, que font les autorités ? Les promesses de sécurisation des axes et des villages peinent à se concrétiser sur le terrain. La communauté internationale, souvent focalisée sur les grands combats, semble parfois oublier ces drames du quotidien qui pourrissent la vie de milliers de Congolais. La population de Nkokwe et des alentours est aujourd’hui laissée à elle-même, avec le sentiment amer d’être abandonnée par ceux qui ont le devoir de la protéger. Où s’arrêtera cette spirale de l’insécurité RDC si aucune action décisive n’est engagée ?
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Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
