Ce dimanche 22 février, l’air de Beni a été chargé d’adrénaline et d’espoir. Dans le cadre du Tournoi international de la paix, des combattants congolais et ougandais se sont affrontés sur les rings et les tatamis, bien décidés à livrer une bataille pour la paix. Boxe, judo, karaté : trois disciplines, un seul message. Quel meilleur moyen que le sport pour rapprocher les peuples et appeler à la fin des conflits dans le Nord-Kivu ? Cette compétition sportive, organisée en prélude au Forum de la paix prévu le 12 avril, a transformé le gymnase en une arène symbolique où chaque coup porté semblait dire « plus jamais ça ».
En boxe, cinq combats étaient au programme, dont un attendu en version féminine. Malheureusement, ce dernier s’est soldé par un forfait, privant le public d’un affrontement prometteur. Malgré cette absence, les pugilistes ont offert un spectacle de courage et de technique. Le conseiller technique de l’Entente urbaine de boxe de Beni n’a pas caché sa satisfaction : les athlètes ont, selon lui, réussi à transmettre un message de paix à travers leurs assauts. Le coach Papy Kibanja a souligné l’importance de l’événement : « Nous profitons de ces rencontres non seulement pour boxer, mais aussi pour exprimer notre volonté de voir la paix revenir au Nord-Kivu en particulier, et en RDC en général. » Une déclaration qui résume l’esprit de ce tournoi unique où les gants servent de porte-voix à l’apaisement.
Sur les tatamis de judo, la supériorité congolaise a été éclatante. Dans quatre combats très disputés, les judokas de la RDC ont remporté trois victoires face à leurs homologues ougandais. Des ippons décisifs, des immobilisations maîtrisées : le Congo a confirmé son statut de nation phare de ce sport. Benjamin Kyahanda Kisimba, secrétaire adjoint de la coordination de la Fédération congolaise de Judo, a salué une prestation de qualité : « J’ai vu une très belle prestation. L’équipe congolaise a démontré de la qualité et remporté plusieurs combats. Les Ougandais ont aussi gagné une rencontre, ce qu’il ne faut pas minimiser. Mais comme d’habitude, le Congo, qui est un véritable pays de judo, a encore remporté la victoire. » Cette domination, loin d’être arrogante, a été célébrée dans le respect, renforçant les liens entre les deux nations.
Le karaté n’était pas en reste, avec plusieurs combats livrés dans une ambiance sportive et fraternelle. Les katas et les kumités ont démontré la maîtrise technique des athlètes des deux pays. Ici, pas de vainqueur déclaré dans un classement global, mais plutôt une victoire collective pour l’esprit d’échange. Les karatékas ont montré que la discipline et le contrôle de soi sont des armes puissantes pour bâtir la paix. Cette compétition de sports de combat à Beni a ainsi mis en lumière le rôle unificateur du sport, notamment dans une région meurtrie par les tensions.
Mais au-delà des résultats, que retenir de ce Tournoi international de la paix ? D’abord, une mobilisation impressionnante des communautés locales, venues en nombre soutenir leurs champions. Ensuite, une organisation sans faille qui a permis à l’événement de se dérouler dans la sécurité et la convivialité. Enfin, et surtout, un message fort adressé aux décideurs : la jeunesse congolaise et ougandaise veut la paix, et elle est prête à se battre pour l’obtenir, même si c’est sur un ring ou un tatami. Les athlètes congolais et ougandais ont écrit une page d’histoire, prouvant que la rivalité peut être saine et constructive.
Ce tournoi n’est qu’une première étape avant le Forum de la paix d’avril. Il pose des bases solides pour des discussions futures, en montrant que le dialogue passe aussi par le corps et l’effort. Les sports de combat, souvent perçus comme violents, se révèlent ici comme des outils de médiation exceptionnels. Qui aurait cru que des coups de poing ou des projections pourraient servir la cause de la réconciliation ? C’est pourtant le miracle opéré à Beni, où chaque athlète est devenu un ambassadeur de l’espoir.
Pour le Nord-Kivu, cette compétition est un signal d’optimisme. Elle démontre que malgré les défis, la population garde sa capacité à s’unir autour de valeurs positives. Les autorités locales et les fédérations sportives doivent maintenant capitaliser sur cet élan. Organiser davantage d’événements transfrontaliers, intégrer le sport dans les programmes de paix : les pistes sont nombreuses. Le Tournoi international de la paix Beni a ouvert une brèche ; à nous de l’élargir pour que la paix ne soit plus un vain mot, mais une réalité vécue au quotidien.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
