Une opération militaire d’envergure a plongé le groupement Bambo, dans le territoire de Rutshuru, dans l’angoisse. Depuis le samedi 21 février, une centaine de personnes sont portées disparues à la suite d’une vaste opération de bouclage menée par les combattants de la rébellion AFC/M23 dans le village de Kishishe. Ces disparitions forcées en RDC, caractéristiques d’une stratégie de terreur, marquent une nouvelle escalade des violations des droits humains dans le Nord-Kivu.
Selon des sources locales concordantes, les individus interpellés ont été accusés de liens présumés avec les groupes d’autodéfense Wazalendo ou avec les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). Ils ont été arrêtés puis embarqués vers une destination inconnue par les éléments rebelles, sans que leurs familles ne puissent obtenir la moindre information sur leur sort ou leur lieu de détention. Cette opération de bouclage à Kishishe illustre la brutalité du conflit armé qui déchire la région de Bambo.
Le fonctionnaire délégué adjoint de Bambo, Isaac Kibira, a livré un bilan alarmant. Il affirme que, rien que dans cette localité, les rebelles ont arrêté approximativement 270 personnes. Seulement 90 d’entre elles auraient été libérées à ce jour. Le sort des autres reste un mystère angoissant. Certaines des personnes enlevées auraient été contraintes de suivre une formation militaire, tandis que d’autres seraient détenues dans des conditions précaires à la prison centrale de Rutshuru ou dans d’autres geôles clandestines.
« Nous demandons au gouvernement de se saisir de cette question du M23, qui est en train de violer le droit international en faisant souffrir une population innocente », a alerté Isaac Kibira. Selon lui, les FDLR, en conflit latent avec certains membres de la communauté, sont instrumentalisés par le M23. La rébellion profiterait de ces tensions pour arrêter arbitrairement des civils et les conduire vers des destinations inconnues, au détriment de leurs familles déjà traumatisées par des années de violence.
Le mécanisme de ces arrestations massives semble organisé. Plusieurs témoignages locaux indiquent que les rebelles du M23 à Rutshuru utiliseraient des éléments des FDLR et certains Wazalendo ralliés à leur cause pour identifier et trier les personnes jugées « suspectes ». Cette méthode trouble, qui mêle différents acteurs du conflit armé à Bambo, rend le paysage sécuritaire encore plus opaque et dangereux pour les civils. Qui peut se prétendre en sécurité lorsque l’ancien ennemi devient dénonciateur ?
Le groupement Bambo, comme de nombreuses autres localités de la chefferie de Bwito, subit depuis plusieurs mois une recrudescence des violences. Cette intensification est directement liée aux opérations de traque menées par la rébellion AFC/M23 contre les FDLR et leurs présumés collaborateurs. Cette lutte sans merci entre groupes armés se paye au prix fort par les populations civiles, prises en étau entre les différents belligérants et exposées à toutes les exactions, des arrestations arbitraires aux disparitions forcées.
Face à cette situation, un notable local a lancé un appel pressant au respect du droit international humanitaire et à la protection des civils. Cet appel résonne dans une zone déjà durement meurtrie par des décennies de conflits cycliques. L’opération à Kishishe n’est-elle qu’un épisode de plus dans une litanie de souffrances ? L’absence de réaction ferme de la communauté internationale et des autorités nationales condamne-t-elle les habitants de Bambo à un cycle sans fin de violences ?
Les disparitions forcées en RDC, particulièrement dans le Nord-Kivu, créent un climat de peur permanente et brisent le tissu social. Les familles, sans nouvelles de leurs proches, vivent un calvaire quotidien. Le conflit armé à Bambo, alimenté par des enjeux locaux et régionaux complexes, trouve dans ces pratiques un outil de contrôle territorial et de punition collective. La réponse des autorités congolaises reste attendue, alors que le M23 continue d’étendre son emprise et de défier les lois les plus fondamentales en toute impunité.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
