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Bunia : des détenues se forment pour briser le cycle de la violence après la prison

Dans l’enceinte de la prison centrale de Bunia, un souffle d’espoir vient de balayer les couloirs surpeuplés. « Avant cette formation, je ne voyais que des murs. Aujourd’hui, je vois un avenir », confie, les yeux brillants, une jeune femme détenue qui vient de recevoir son certificat. Elle fait partie des dizaines de femmes et de jeunes filles incarcérées qui ont bouclé, ce samedi, un programme intensif visant à leur offrir une seconde chance. Cette formation détenues Bunia, organisée par l’ONG locale SOFEPADI avec l’appui crucial de la Police d’appui à l’administration pénitentiaire de la MONUSCO, ne se limite pas à apprendre un métier. Elle constitue un pari audacieux sur la réinsertion sociale en Ituri, une région meurtrie où la violence peut souvent ressurgir au sein des communautés après une libération.

Mais comment reconstruire sa vie après des mois, voire des années, derrière les barreaux ? L’initiative répond à cette question par une approche à multiples facettes. Au-delà de l’apprentissage de métiers concrets comme la vannerie ou la pâtisserie – des compétences immédiatement monnayables – les participantes ont bénéficié d’un soutien psychologique en prison, essentiel pour panser les blessures invisibles. « Beaucoup d’entre nous consommaient des drogues pour oublier la détresse, pour endormir la douleur de l’enfermement et des souvenirs traumatisants », explique une autre bénéficiaire. Ce volet psychologique, souvent négligé dans le système carcéral congolais, apparaît ici comme une pièce maîtresse pour briser le cycle de l’auto-destruction et préparer un retour serein.

L’accompagnement juridique offert constitue un autre pilier de ce programme. Dans un système judiciaire souvent engorgé, où les dossiers peuvent prendre des années à être jugés, cette assistance vise à accélérer les procédures et à garantir un suivi équitable. Pour des femmes dont la majorité a un niveau d’études limité, comprendre les arcanes de la justice est une émancipation en soi. « Savoir où en est mon dossier, connaître mes droits, cela me redonne une dignité », témoigne une mère incarcérée. Cette dimension juridique, couplée à l’autonomisation économique, dessine les contours d’une réinsertion sociale Ituri plus durable et moins violente.

Le partenariat SOFEPADI MONUSCO est ici fondamental. Il permet de mobiliser des ressources et une expertise qui dépassent les capacités locales. La MONUSCO, par sa présence sécuritaire et logistique, offre un cadre propice, tandis que SOFEPADI, ancrée dans le terrain, apporte sa connaissance fine des besoins des femmes vulnérables. Cette synergie est saluée par le directeur de la prison de Bunia lui-même, qui rappelle que la mission de tout établissement pénitentiaire ne devrait pas se limiter à la privation de liberté, mais bien à préparer le retour à la société. « Une détenue qui sort avec un métier et un esprit apaisé est une victoire pour toute la communauté », affirme-t-il.

Pourtant, cet élan positif ne doit pas masquer les défis immenses. Les conditions de détention en RDC restent précaires, et les perspectives après la libération sont souvent minces dans un contexte économique déliquescent. Les métiers détenues RDC appris en cellule seront-ils suffisants pour affronter le marché du travail et la stigmatisation sociale ? L’initiative de Bunia ouvre une brèche, mais elle appelle à une réplication et un soutien étatique plus robuste. L’approche holistique prônée par SOFEPADI – mélangeant économie, psychologie et droit – pourrait servir de modèle, mais elle nécessite des financements pérennes et une volonté politique ferme.

Au final, cette formation est bien plus qu’un simple stage. Elle est un acte de reconnaissance envers des femmes que la société a souvent oubliées. En leur donnant les outils pour se reconstruire, c’est toute la communauté qui se prépare à les accueillir. La réinsertion sociale n’est pas une option, mais une nécessité pour briser les cycles de violence et de pauvreté. À Bunia, un premier pas concret a été fait. Reste à savoir si ce germe d’espoir pourra fleurir dans le terreau encore fragile de l’Ituri, et au-delà, dans tout le pays.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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